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Dialogues.
T. Oh, ce n’est rien, monsieur; quand monsieur l’aura portéun jour seulement, il n’en sentira plus rien. Quant aux manches,on n’en porte plus que de cette ampleur. Du reste l’habit vousdessine parfaitement bien la taille.
B. Bienheureux sont les croyants! Moi, je trouve d’abordle drap un peu clair pour un habit; j’aurais choisi une étoffebeaucoup plus foncée.
T. On ne dispute pas des goûts, monsieur; c’est une couleurtrès -recherchée par les jeunes gens à la mode; du reste, ce n’estpas un habit habillé, c’est un habit fantaisie.
A. Et dont la coupe fait honneur à votre imagination . 1Quelles basques mignonnes et quelles manches gigantesques! jeparie qu’elles sont taillées sur le modèle d’un manteau militaire;enfin quelle taille ridicule, passez-moi le mot! Mais en conscience,mon ami! ce serait trahir les devoirs les plus sacrés de l’amitié,que de vous laisser marcher ainsi dans la rue. Vous seriezcause d’un attroupement.
T. Mais en vérité, monsieur, je ne vous conçois pas. Cettetaille est tout à fait à la mode, on les porte même plus longues.
A. Au diable votre mode .... C’est vous qui l’inventez,messieurs les tailleurs, pour avoir un prétexte de nous habillerà neuf à chaque saison.
T. Monsieur aime à plaisanter. Nous autres tailleurs, nousne sommes que les humbles serviteurs de nos pratiques , 2 nousn’inventons rien, nous observons, et si nous voulons avoir desjeunes gens élégants, comme monsieur, il faut bien que nousnous conformions à la mode. C’est comme ça dans la capi-tale. . . . Monsieur vient peut-être de la province?
A. Ah, vous me trouvez l'air provincial , 3 parce que jen’admire pas votre ouvrage?
T. Je vous demande pardon, monsieur; je ne me permetspas de jugement sur votre tournure, je ne parle que de l'habil-lement, c’est mon métier.
A. Et qu’avez-vous donc à redire à mon habillement?
T. Si je le disais, monsieur se fâcherait tout de bon. 4
A. N’ayez pas peur, je ne suis pas homme à me formaliserde si peu de -chose ; parlez franchement.
T. Eh bien, puisque vous le voulez absolument, tenez, mon-sieur, . . . regardez-vous un peu dans la glace et jugez vous-même. La redingote que vous avez ne vous va pas, elle fait
1 Voyez page 53, note 1. 2 Voyez page 231.
3 Voyez page 138 le texte et la note 2. 4 Voyez page 62.
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