232
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
ce livre, qui fait toujours sur moi une impression aussicomique que fâcheuse, je vois la femme passionnées’agiter avec toute sa fougue impétueuse , je vois cettetempête en jupons tourbillonner à travers notre tranquilleAllemagne, en s’écriant partout avec ravissement : ô,quelle douce paix je respire ici ! — Elle s’était échaufféeen France, et elle vint chez nous pour se rafraîchir. Lechaste souffle de nos poètes fit tant de bien à son cœurbouillant et embrasé ! Elle regardait nos philosophescomme autant de sortes de glaces, elle humait Kant ensorbet à la vanille, et Fichte en pistache ! — Oh, quellecharmante fraîcheur règne dans vos bois ! — s’écriait-elleconstamment; — quelle ravissante odeur de violettes !comme les serins gazouillent paisiblement dans leurspetits nids allemands ! Vous êtes un bon et vertueuxpeuple, et vous n’avez pas encore d’idée de la corruptionde mœurs qui règne chez nous en France, dans la ruedu Bac !
| Madame de Staël ne voyait au delà du Rhin que cequ’elle voulait voir : un nébuleux pays d’esprits, où deshommes sans corps et tout vertu se promènent sur deschamps de neige, ne s’entretenant que de morale et demétaphysique ! Elle ne voyait chez nous que ce qu’elledésirait voir, et elle n’entendait que ce qu’elle désiraitentendre, pour le raconter à son retour;—et avec cela ellen’entendait que peu de chose, et jamais le vrai, d’abordparce qu’elle parlait sans cesse elle-même, et ensuiteparce que ses questions et ses transitions brusques trou-