Druckschrift 
2 (1863)
Entstehung
Seite
253
Einzelbild herunterladen
 

DE L ALLEMAGNE.

233

blaient et étourdissaient nos modestes savants, quandelle discutait avec eux. — «Qu’est ce que l’esprit?» de-manda-t-elle au timide professeur Bouterweck à Goet-tingue, en posant sa jambe charnue sur les cuisses minceset tremblantes du pauvre professeur. «Ah! écrivit-ellealors : que ce Bouterweck est intéressant ! Avec quellemodestie cet homme baisse les yeux ! Cela ne m’est ja-mais arrivé avec mes interlocuteurs à Paris, dans la ruedu Bac !» — C’est Schiller qui plus que tout autre eut àsouffrir par les conversations dont l’honorait madame deStaël. Lui qui était si nerveux, il ne pouvait supporterla vue agaçante de cette petite tige ou de ce cornet depapier que Corinne roulait continuellement entre sesdoigts; quand il parlait avec elle, le pauvre homme en' eut quelquefois le vertige; il regardait alors d’un air effaréla belle main de son interlocutrice, dont la vanité fémi-nine se méprit sur le trouble du poëte. Aussi était-elleenchantée de Schiller, dont elle sut apprécier le cœurchaleureux, tandis que la froideur de Goëthe lui déplut.

De la même manière, tous les jugements que portait surnous madame de Staël, avaient leur source dans sesimpressions personnelles, quand ils n’étaient pas dictéspar un parti pris, par l’esprit d’opposition. Comme je l’af~ \dit, elle ne voyait en Allemagne que ce qu’il lui couve- 1nait de voir dans un but polémique. Partout elle y voitdu spiritualisme et encore du spiritualisme, elle vantenotre honnêteté, notre probité, notre moralité, notreculture d’esprit et de cœur — elle ne voit pas nos mai-

15

II.