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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
balancer mollement; mais peu à peu les vertiges mesaisissent, et je suis assiégé, de toutes sortes de visionschimériques. Du fond des abîmes de la mer sortent devieux démons, hideusement nus jusqu’aux hanches. Jeles entends hurler des vers faux et inintelligibles, et jeles vois me lancer à la tigure la blanche écume desvagues. Les nues grincent plus affreusement encore;descendues si bas qu’elles touchent jusqu’à ma tête,elles me chantent à l’oreille, d’une voix douce et flùtée,les folies les plus amères. Ce mal de mer, sans être dan-gereux, vous jette dans des sensations tellement insup-portables que l’on touche au délire. À la tin il me sem-blait que j’avais avalé la Bible, l’Ancien Testament avecle Nouveau, et voilà que les saints personnages se mirentà s’agiter et à gesticuler en moi, de sorte que tout setournait pêle-mêle dans mon ventre. Le roi David jouaitde la harpe, mais hélas! les cordes de l’instrument,c’étaient mes propres entrailles. Toute la ménagerie del’Apocalypse hurlait, et les prophètes chantaient, lesquatre grands d’une voix de basse-taille et les douzepetits d’une voix de fausset. Tout cela grognait et rou-coulait confusément, mais ce chœur de voix était dominépar celle du prophète Jouas, qui criait : O Ninive, Ninive,tu périras ! Des mendiants avec leur vermine s’établirontdans tes palais, et les cuirassiers de Babylone nourrirontleurs cavales dans tes temples. Mais vous, prêtres deBaal, et vous, Nemrods assyriens, nobles chasseurs etgenllemen-riders , et vous aussi, bourgeois grossiers,