DE l’aLEEJIAGNE.
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Mon voisin, conseiller de Kœnigsberg, qui prend iciles bains de mer, me croit piétiste, parce que toutes lesfois qu’il vient me voir il me trouve la Bible à la main.Aussi son bonheur est-il de chercher à m’agacer sur cechapitre, et, quand il peut parler religion avec moi, cesourire caustique qui n’appartient qu’aux Prussiens del’Est rayonne sur son maigre visage de vieux célibataire.Hier nous discutions sur la Trinité. Pour le Père, celane faisait aucune difficulté ; n’est-il pas le créateur dumonde, et toute chose ne doit-elle pas avoir sa cause?Quant au Fils, cela n’allait plus si bien. Le brave hommeaurait bien voulu s’en passer; mais avec une bonhomiepresque ironique il finit par l’accepter. Mais la troisièmepersonne trouva en lui l’opposition la plus opiniâtre. Illui était tout à fait impossible de comprendre ce quec’était que le Saint-Esprit, et, partant d’un éclat de rire,il s’écria : « Au bout du compte, il se peut bien qu’il ensoit du Saint-Esprit comme du troisième cheval quandon voyage en poste; on le paie toujours, ce troisièmecheval, mais on ne le voit jamais. »
Mon autre voisin, qui reste au-dessous de moi, n’estni piétiste ni rationaliste. Il est Hollandais. Rien ne peutl’émouvoir, c’est bien là l’image de la plus parfaite quié-tude ; et môme lorsqu’il cause avec mon hôtesse sur sonthème favori, la salaison des poissons, sa voix ne s’élèvejamais au-dessus du diapason de la plus plate monoto-nie. Grâce au peu d’épaisseur du plancher, je suis sou-vent condamné à entendre de pareilles conversations;