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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
Puis elle s’asseyait le matin dans son harem, regardaitson bouquet de la nuit, se perdait en réflexions commeà propos d’un songe oublié et finissait par l’envoyerau calife bien-aimé. Le gras eunuque qui le portait,tout ravi qu’il était à la vue de ces belles fleurs, n.’ensoupçonnait pas le sens. Mais Haroûn-al-Radscid, chefdes Croyants, successeur du prophète, possesseur del’anneau de Salomon, comprenait tout de suite lelangage du bouquet; son cœur bondissait de joie; ilbaisait chaque fleur et il riait en sentant ses larmestomber sur sa longue barbe.
Je ne suis ni successeur du prophète ni possesseurde l’anneau de Salomon; je n’ai pas non plus de barbelongue, mais je puis assurer pourtant que j’ai comprisle beau selain que Decamps nous a rapporté de l’O-rient, et que je le comprends encore beaucoup mieuxque ne pourraient le faire tous les eunuques avec leurIiislar-Aga, le grand connaisseur suprême, messagerintermédiaire dans le harem de l’art. Le bavardage detous ces connaisseurs incomplets m’est tout à fait in-supportable , surtout quand il n’y manque aucune desformules voulues et particulièrement le conseil bien-veillant aux jeunes artistes et le pitoyable avis de re-venir à la nature et toujours à la chère nature.