;iOO ŒUVRES BE HENRI HEINE.
dans tout le tableau, ne règne une vérité frappante.Il m’a reporté complètement en esprit dans la vieilleAngleterre; et j’ai cru voir devant mes yeux feuEdmond Kean, que j’y ai vu tant de fois. Cette illusiona sans doute été produite en grande partie par l’ac-teur qui jouait le rôle principal, quoique l’imposantefigure de Frédéric Lemaître diffère beaucoup du petithomme ramassé qui s’appelait Kean. Mais celui-ciavait dans sa personnalité et dans son jeu quelquechose que je retrouve dans Frédéric Lemaître. Ilexiste entre eux une étonnante affinité : Kean étaitune de ces natures exceptionnelles qui, par cer-tains mouvements subits, par un son de voixétrange et par un regard plus étrange encore,rendent visibles, non pas les sentiments vulgaires dechaque jour, mais tout ce que le cœur d’un hommepeut enfermer d’inouï, de bizarre, de ténébreux. Il enest de même chez Frédéric Lemaître. C’est un farceursublime dont les terribles bouffonneries font pâlir defrayeur Thalie et sourire de bonheur Melpomène.Kean était un de ces hommes dont le caractère défietous les frottements de la civilisation et qui sont, jene dirai pas d’une substance meilleure que nousautres, mais tout à fait différente; originaux anguleux,