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De la France
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

monde à l’avenir, ils ne pourraient jouir avec calmede leur situation actuelle. Et vraiment ce n’est pasavec calme qu’ils en jouissent. Ils ne s’asseyent pas àleur aise au banquet de la vie, mais se hâtent au con-traire d’engloutir les mets délicats et les vins savou-reux. Ils me rappellent une vieille image de notreBible, où sont représentés les enfants d’Israël avantleur départ d’Égypte, célébrant la pâque et mangeantl’agneau debout, tout prêts pour le voyage et lebâton à la main. Si les joies de la vie nous sont me-surées avec plus de parcimonie en Allemagne, il nousest donné du moins de les goûter dans la tranquillitéla plus confortable. Nos jours coulent doucement,comme un cheveu qu’on traîne dans le lait.

Cette dernière comparaison, mon cher Lewald,n’est pas de moi, mais d’un vieux rabbin. Je l’ai luenaguère dans une chrestomathie de poésies tlialmu-distes, où le rabbin comparait la vie du juste à uncheveu qu’on traîne dans le lait. J’ai d’abord rechignéquelque peu à cette image; car rien n’agit d’une façonplus nauséabonde sur mon estomac qu’un cheveudans le lait quand je prends mon café, et précisémentun long cheveu qu’on y pût traîner, comme la vie dujuste ! Mais c’est là une idiosyncrasie à moi. Je veux