138 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
être instruite, voulut, ou faire parade de sa scienceparfaite, ou à l’occasion de ces bruits d’empoisonne-ments vrais ou faux, mettre le gouvernement à l’abride tout soupçon ; il suffit enfin que, par sa malheureuseproclamation dans laquelle elle disait expressémentqu’elle était sur la trace des empoisonneurs, les af-freuses rumeurs furent officiellement constatées etque tout Paris tomba dans la plus horrible angoissede mort.
C’est une chose inouïe, disaient les gens les plus âgés,qui, aux époques les plus furibondes de la révolution,n’avaient pas entendu parler de pareils crimes. Fran-çais ! nous sommes déshonorés, disaient les hommes,et ils se frappaient le front. Les femmes, avec leurspetits enfants qu’elles serraient, pleines d’effroi, contreleur sein, pleuraient amèrement et se lamentaient surce que ces pauvres créatures allaient mourir dans leursbras. Ces malheureuses n’osaient ni manger ni boireet se tordaient les mains de douleur et de rage. Oncroyait voir venir la fin du monde. C’était surtout aucoin des rues où se trouvent les cabarets peints enrouge que se rassemblaient et délibéraient les groupes,et c’était presque toujours là qu’on fouillait leshommes qui avaient l’air suspect, et malheur à eux