98
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
plus paisible; cpie les fonds, ce thermomètre du bon-heur public, ont monté: que cet hiver les bals àParis ont été plus nombreux que jamais; enfin quel’Opéra a joui d’une vogue sans exemple. Dans lefait, il en a été ainsi; car ces gens-là ont le moyen dedonner des bals, et ils n’ont dansé que pour prouverque la France est heureuse ; ils ont dansé pour leursystème, pour la paix, pour le désarmement de l’Eu-rope. Il fallait faire monter les fonds : ils ont dansé à lahausse. Il est vrai que plus d’une fois de joyeux en-trechats ont été interrompus par des dépêches impor-tunes venant de Belgique, d’Espagne, d’Angleterre oud’Italie ; mais on ne laissait percer aucun trouble et,le cœur désespéré, on n’en dansait que plus gaiement,à peu près comme Aline, reine de Golconde, qui,même au moment où le chœur des eunuques lui ap-porte l’une après l’autre les nouvelles les plus déses-pérantes, n’en continue pas moins de danser avec uneapparente allégresse. Tous ces gens-là ont donc dansépour leurs rentes. Plus ils étaient modérés, plus ilsdansaient avec rage, et les banquiers les plus gras etles plus vertueux ont dansé la valse infernale du fa-meux Opéra de Robert le Diable... Meyerbeer a faitquelque chose d’inouï, en captivant les volages Pari-