86
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
beaucoup de cette belle culture de la bourgeoisie,telle qu’on la trouve chez les hommes chargés dessoins les plus actifs des affaires publiques et qui n’ontpas le temps de s’occuper de manières chevaleresqueset d’autres semblables moyens de toilette.
C’est d’après ses discours qu’on peut mieux jugerPérier; c’est son meilleur côté, au moins pendant lapériode de la restauration, où, l’un des plus éminentsparmi les orateurs de l’opposition, il fit la plus nobleguerre au charlatanisme menteur de la prêtrise et dela courtisanerie. J’ignore s’il était alors aussi emportéextérieurement qu’il l’est aujourd’hui. Je ne faisais àcette époque que lire ses discours, modèles de tenueet de dignité, et tellement calmes et sensés que je lejugeais un homme tout à fait âgé. La plus sévèrelogique régnait dans ces discours; il y avait quelquechose de raide, des arguments raides, serrés l’un àcôté de l’autre comme des barres de fer infrangibles,derrière lesquelles apparaissait souvent une ombre desensibilité, telle qu’un pâle visage de nonne à travers1 la grille d’un parloir de couvent. Les raides arguments,les barres de fer sont restés; mais on ne voit plus der-rière que colère impuissante, comme un animal sau-vage qui bondit çà et là..