PREFACE.
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d’un air si niaisement absolutiste, si bestialement obéissant,est peut-être un Brutus qui dissimule? N’avez-vous pas,pendant la nuit, des songes étranges qui vous préviennentcontre les moindres insectes que vous avez vus par hasardramper pendant le jour? N’ayez aucune inquiétude, je nefais que plaisanter; vous êtes tout à fait en sûreté. Nospauvres diables de serviles ne se déguisent pas. Jarke lui-même n’est pas dangereux. N’ayez non plus aucune craintedes petits fous qui vous harcèlent quelquefois avec d’inquié-tantes plaisanteries. Le grand fou vous protège contre lespetits. Le grand fou est en effet un très-grand fou, grandcomme un géant, et il s’appelle le peuple allemand.
Oh ! c’est là un grand fou ! Sa jaquette bigarrée est faitede trente-six pièces. A son bonnet pendent, au lieu de son-nettes, de véritables cloches d’églises qui pèsent des quin-taux, et il porte à la main une énorme batte en fer. Mais soncœur est plein de chagrins. Seulement il n’y veut pas pen-ser, et c’est pour cela qu’il débite tant de grosses plaisante-ries et qu’il rit souvent pour ne pas pleurer. Si ses chagrinstrop cuisants lui reviennent en mémoire, il secoue la têtecomme un insensé et s’étourdit avec le pieux bourdonne-ment des cloches de son bonnet. S’il arrive un brave amiqui prenne intérêt à ses maux, qui veuille en parler aveclui et conseiller quelque petit remède de famille, il entreaussitôt en fureur et le frappe avec sa batte de fer. Il enveut surtout à ceux qui lui veulent du bien. C’est le plusimplacable ennemi de ses amis et le plus tendre ami deses ennemis. Oh ! le grand fou vous restera toujours fidèleet soumis ; toujours il réjouira de ses gigantesques bouffon-neries toutes vos nobles couvées ; il fera tous les jours, à leurgrand ébattement, ses vieux tours d’adresse, portera enéquilibre sur le nez des fardeaux innombrables, et se laisserapiétiner le ventre par d’innombrables milliers de soldats.Mais n’ayez-vous pas peur qu’un beau jour les fardeaux ne