42 TRÉFACE.
mort de Louis XVI et versant à cette occasion quelqueslarmes officielles d’un fidèle fonctionnaire de S. M. le roi dePrusse; puis j’ai lu, dans un Almanach des Dames, sonhistoire des Hohenstaufen ; je connais aussi ses Lettres deParis, où il communique à madame Crelinger, l’actrice, età son mari, ses idées sur la politique et le théâtre enFrance. C’est un homme tout à fait paisible, qui fait queueavec tranquillité. C’est le meilleur parmi les écrivains mé-diocres; et puis, il ne manque pas de sel, et il a une cer-taine érudition extérieure, qui ne le fait pas mal ressemblerà un vieux hareng sec enveloppé chez la beurrière dans lepapier d’un bouquin scientifique. Je le répète, c’est la créa-ture la plus pacifique, la plus patiente, qui s’est toujourslaissé paisiblement bâter par ses supérieurs, portant avecun trot obéissant son sac jusqu’au moulin académique etne s’arrêtant que là où l’on faisait de la musique de Sébas-tien Bach. Jusqu’à quel degré d’infimité a-t-il donc fallu quedescendît l’esprit d’oppression d’un gouvernement, puis-qu’un Frédéric de Raumer lui-même en a perdu patience,est devenu rétif, et n’a plus voulu trotter plus loin, et mêmea commencé à parler en langage d’homme? Aurait-il vupeut-être l’ange avec son glaive au milieu du chemin, tandisque les Balaam de Berlin, éblouis qu’ils sont, ne le voientpas encore? Ilélas! ils ont donné des coups de pied à lapauvre créature, ils l’ont déchirée avec leurs éperons do-rés et l’ont déjà battue jusqu’à trois fois. Mais le peuple desBorussiens (et l’on peut d’après cela juger sa position) avanté son Frédéric de Raumer comme un Ajax de la liberté.Aujourd’hui ce même révolutionnaire de S. M. prussiennevient d’être employé à écrire une apologie de la conduite dugouvernement dans l’affaire de Pologne et à réhabiliter dansl’opinion publique le cabinet de Berlin.
Cette Prusse! elle sait mettre tout à profit, même sesrévolutionnaires. Elle emploie des comparses de toute cou-