— m —
Si les anciens graveurs se servaient des hachures et du pointillé, c'était moinspour indiquer ainsi les émaux que pour différencier les partitions, rebattements,les meubles et le champ, etc. C'est ainsi, pour nous borner à un seul exemple,que, sur le sceau de Jean van der Meeren (1574), les pals du chef, qui sont degueules, sont hachurés de la même manière que le champ plain, qui est d'azur, àsavoir : par des diagonales croisées.
Le pointillé est assez rare au moyen âge. Nous n'en avons rencontré que peud'exemples :
Le lombard Milonus Busket porte sur son sceau, de 1575 : plain ; au chefplain, pointillé, à la bande brochante, chargée de trois étoiles à huit rais;
Le chevalier Jean van den Calsteren, de Louvain, scelle, en 1574, d'un sautoirengrêlé; au franc-quartier plain, pointillé; au chef de quartier, chargé de troismaillets penchés. Ce franc-quartier représente les armes des Gielis, patriciens deLouvain, mais, au témoignage de Gelre , aux émaux intervertis, le champ de l'écuétant de métal, d'or : le plain est de sable, le chef d'argent, les maillets sont degueules. Le graveur a donc indiqué la couleur noire, le sable, par un pointillé :des grains de sable ;
Johannes dictus Albus (de Witte), échevin de Louvain, en 1402, porte un écude Limmingen : trois pals, au chef plain, pointillé, brisé d'un franc-quartier deSteen : un sautoir échiqueté. Celte combinaison ayant, sans aucun doute, amenéune modification — probablement une interversion — des émaux, on peut sedemander si, ici encore, le pointillé ne doit pas indiquer le sable, emprunté ausautoir échiqueté des Steen (1).
Le damasquiné, ou diapré, lui aussi, n'avait d'abord — la question artistiqueréservée — d'autre raison d'être que de différencier le champ des meubles et,parfois, ceux-ci de celui-là. On est allé trop loin en affirmant que le diapré nes'appliquait que sur un métal. On en ornait aussi les couleurs, à preuve, entreautres, le sceau de Jean van der Meeren, chevalier, seigneur de Sterrebeek, de1454, où le champ est diapré. El il ne s'agit pas ici d'armoiries brisées.
Dès le xiv" siècle, on commença, semble-t-il, — était-ce en tâtonnant, à titred'essai, ou bien selon des lois, peut-être régionales, encore à déterminer? — àcaractériser les émaux, sur les sceaux, par un emblème qui les symbolisait. C'estce qui conste de l'intéressant sceau d'Evrard de Schaumburg, de 1500, publié parle Prince de Hohenlohe , dans son Album sphragistique et reproduit, naguère, parGust. A. Seyler (2) : il montre un écu coupé; au 1 er , parti; a, une étoile à huitrais; b, cinq roses en sautoir; au 2 d , trois Heurs de lis. A nous en rapporter àl'autorité de ces auteurs, ces meubles ne constituent pas partie intégrante dublason et n'en sont pas davantage des brisures ; ils n'auraient d'autre but qued'indiquer les émaux, l'étoile : l'argent, les roses : le gueules, et les Heurs de lis :l'azur (!).
(1) Pour étayer cette hypothèse, que nous donnons pour ce qu'elle peut valoir, nousn'invoquerons aucun autre témoignage du moyen âge que le sceau de Jean van den Calsteren,en nous abstenant de consulter, à ce sujet, Divaeus , souvent sujet à caution.
(2) Geschichte der Siegel , Leipzig, sans date (1895), p. 281.