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jamais ni détruits ni affaiblis... Selon cette imagination, il n'est pas néces-saire de poser l'existence d'intelligences qui meuvent les corps célestes d'unemanière appropriée. »
Cette pensée, Buridan l'énonce en diverses circonstances ; Albert deSaxe l'expose à son tour (35) ; et Nicole Oresme, pour la formuler, trouvecette comparaison : « Excepté la violence, c'est aucunement semblable quandun homme a fait une horloge, et la lesse aller et estre meu par soy. »
Si l'on voulait, par une ligne précise, séparer le règne de la Scienceantique du règne de la Science moderne, il la faudrait tracer, croyons-nous,à l'instant où Jean Buridan a conçu cette théorie, à l'instant où l'on a cesséde regarder les astres comme mus par des êtres divins, où l'on a admis queles mouvements célestes et les mouvements sublunaires dépendaient d'unemême Mécanique.
Cette Mécanique, à la fois céleste et terrestre, a laquelle Newton devaitdonner la forme que nous admirons aujourd'hui, la voici, d'ailleurs, qui, dèsle xiv" siècle, tente de se constituer. Durant tout ce siècle, les témoignagesde François de Meyronnes (3oq) et d'Albert de Saxe (3oo) nous l'apprennent,il se trouva des physiciens pour soutenir qu'en supposant la terre mobile etle ciel des étoiles fixes immobile, on construisait un système astronomiqueplus satisfaisant que celui où la terre est privée de mouvement. De cesphysiciens, Nicole Oresme développe les raisons (3oo) avec une plénitude,une clarté, une précision que Copernic sera loin d'atteindre ; à la terre, ilattribue un impetus naturel semblable à celui que Buridan attribue aux orbescélestes; pour rendre compte de la chute verticale des graves, il admet quel'on doit composer cet impetus par lequel le mobile tourne autour de laterre avec Yimpetus engendré par la pesanteur. Le principe qu'il formulenettement, Copernic se bornera à l'indiquer d'une manière obscure et Gior-dano Bruno à le répéter (38) ; Galilée usera de la Géométrie pour en tirer lesconséquences, mais sans corriger la forme erronée de la loi d'inertie qui s'ytrouve impliquée.
Pendant que l'on fonde la Dynamique, on découvre peu à peu les loisqui régissent la chute des poids.
En i368, Albert de Saxe (120, 39) propose ces deux hypothèses: Lavitesse de la chute est proportionnelle au temps écoulé depuis le départ.La vitesse de la chute est proportionnelle au chemin parcouru. Entre cesdeux lois, il ne fait pas de choix. Le théologien Pierre Tataret, quienseigne à Paris vers la fin du xv° siècle, reproduit textuellement ce qu'avait