SONIA GRIGORIEVNA
Grigorievna. Je n’aime pas les gens tout simpleset en qui l’on voit au premier coup d’œil. Nel’eussé-je pas rencontrée sur la Fontanka, jen’aurais peut-être plus pensé à elle. Maintenant,au contraire, je voulais connaître son histoire.Je m’attachai à Sonia et, peu de semaines après,elle avait quitté l’appartement de Makharofpour habiter le mien. Je passe sous silence lavie que nous menâmes à deux pendant quelquesmois. Elle fut assez curieuse et, bien que dé-chirée, m’a laissé un agréable souvenir. Mais jeveux seulement vous raconter, puisque lesfemmes russes vous intéressent, pourquoi SoniaGrigorievna se promenait sur la Fontanka parcette nuit si froide de janvier.
Elle me le dit elle-même un jour, poussée parl’impérieux désir qu’ont les femmes de ce paysde parler de leur passé et d’évoquer, infernalesnécromanciennes, entre les bras de leur amant,les ombres de ses prédécesseurs.
— Il y avait longtemps, me dit-elle, que jen’aimais plus Makharof quand je t’ai rencontré.Je savais qu’il me trompait ; cela m’était indiffé-rent. Je ne lui cachais pas que je lui étais infidèle.
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