SONIA GRIGORIEVNA
— Je suis entré chez Tamamchef en vousquittant, répondis-je. J’ai joué au bridge et j’aiperdu. Cela n’a pas d’intérêt. Mais vous, SoniaGrigorievna, expliquez-moi pourquoi je vousretrouve ici. Je vous croyais depuis longtempsendormie. Y a-t-il eu un drame chez vous ?Makharof vous a-t-il chassée ?
Et je me demandais avec un peu d’inquiétudesi je n’avais pas une part de responsabilité dansces événements surprenants et si ce qui s’étaitpassé chez moi n’était pas la cause directe quiavait mis Sonia sur le trottoir, à trois heures dumatin.
Je sentais sous mon bras trembler le bras dela jeune femme.
— Mais vous mourez de froid, di^-je. Ren-trons vite à la maison. Je vous offre volontiersl’hospitalité.
— Non, fit-elle, je n’irai pas chez vous. Jerentrerai dans mon appartement tout à l’heure,comme je le voudrai. Il n’y a aucun drame ; jesuis ici de mon propre gré. Si cela ne vous ennuiepas, tenez-moi compagnie un instant.
— Mais vous êtes folle, chère amie, folle à lier.
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