VERA ALEXANDROVNA
en buvant un verre de punch, lisait à haute voixà sa femme et à sa fille aînée un livre d’histoireou, plus rarement, un roman. Il vivait à sonaise, avait son automobile et, quand il recevaitses amis, les traitait bien.
Quarante-huit heures ne s'étaient pas écou-lées qu’il reçut la visite de son compatriote.
— J’ai quelqu’un pour vous, lui dit ce dernier.C’est la fille d’un haut fonctionnaire au minis-tère de l’Agriculture. Elle a dix-huit ans et sortdu gymnase. Elle s’est mis dans la tête de tra-vailler, bien qu’elle n’ait aucun besoin d’argent.Seulement, elle ne sait pas un mot de suédois.Elle parle français et vous aussi, je crois. Vousvous entendrez donc sans difficulté. Elle s’ap-pelle Véra Alexandrovna Orlova. Est-elle intel-ligente ? je n’en sais rien. Mais elle est ravis-sante. Une vraie beauté, mon cher. Et puis, cesfilles russes ne ressemblent pas aux nôtres. Ellesont quelque chose qui n’est qu’à elles. N’allezpas en tomber amoureux.
En entendant cette phrase, Ture Ekmanéclata d’un gros rire. A son âge, être amoureuxd’une jeune fille lui paraissait la chose la plus
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