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Allemands et Francais : souvenirs de campagne Metz-Sedan-La Loire
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122 ALLEMANDS ET FRANÇAIS.

Ce mépris de la douleur était parfois pousséjusqu’au stoïcisme. J’ai soigné un blessé à quiun éclat d’obus avait enlevé toute la partie duvisage qui est entre les yeux et la mâchoireinférieure. Il n’a jamais proféré une plainte,et quand on lui demandait comment il al-lait, il répondait invariablement par écrit :« Très-bien. » Il me faisait lire tous les joursquelques passages des Maximes d’Epictète, etchaque fois que le stoïcien antique exprimaitle mépris et l’indifférence que la douleurinspire au vrai philosophe, ce stoïcien mo-derne approuvait du geste et du regard.

Enfin, le cœur est demeuré bon chez tousceux de nos soldats que l’ignorance n’a pascomplètement abrutis. Par une curieuse con-tradiction, ils ne comprennent pas l’amour puret élevé, et ils respectent et aiment la famille.J’ai trouvé presque tous nos soldats tendresfils et excellents frères. Ils avaient une grandedouceur de manières, un vif sentiment du juste,et surtout la compassion pour les faibles, sen-timent qui manque d’ordinaire aux Allemands.