Druckschrift 
7 (1740) Lettres P - SEG
Entstehung
Seite
212
Einzelbild herunterladen
 

ôï 2 S E G â

Aille. Parmi fes richeffes, on voit fur le Mâître-àùtel tme gran-de ftatue de là fainte Vierge , d’argent mafilf. Les autres prin-cipales églifes font celles des monaftéres de Saint-Vincent, deSaint-Jérôme & de Saint-Dominique, qui font toutes bâtiesfur la montagne. Le château royal bâti par les Maures , &nommé Alcaçar , eft bâti fur un rocher, dans l’endroit le plusélevé de la ville ; & l’on y monte par des degrez taillezdans le roc , avec autant de propreté que de dépenfe. Ce pa-lais eft environné de groffes tours rondes , qui en défendentl’approche. Il y aauffi deux grandes plattes-formes garnies d’ar-tillerie toûjours pointée, tant fur la ville & fur le fauxbourg;que fur la campagne : on y entretient en tout tems une fortegarnifon pour la garde du château & pour la défenfe de la ville.Ce palais royal eft tout couvert de plomb;; les appartemens en :font beaux & magnifiquement meublez , même dans le tems quela Cour n’y réfide pas : ce qui eft allez rare dans les autres mai-fons royales d’Efpagne. Prefque tous les appartemens font do-rez de fin or de ducat : on y voit un foyer de pierre de por^phyre , & plufieurs autres de marbre : une des chambres efttoute incruftée de verre , depuis le haut jufqu’à la hauteur dudolïïer des lièges : un falon allez grand eft de même garni deverre, depuis le plafond, qui eft doré, jufqu’à trois piez duparquet. La grande falle, qu’on nomme la faite des Rois, enEfpagnol f'alla delos Reyes , eft aulïi dorée depuis le haut jufqu’auplancher. Cette falle des Rois eft ainlî nommée, parce qu’ony a expofé à la vue du Public iesftatues de tous les Rois qui ontrégné en Efpagne depuis Pélage jufqu’à Jeanne, mère des Em-pereurs Charles-Ouint & Ferdinand. Ces ftatues font toutes re-levées en bolfe, dorées & alfifes fur desthrônes, ôc ont au def-fus de la tête un lambris, ou petite voûte, qui faifant une fail-lie, leur fert de dais, d’un ouvrage li bien travaillé, qu’il fem-ble être de pierre d’agathe. Les Romains fous l’empire de Tra-jan , firent conduire à Ségovie un aqueduc , qui étant encore àprêtent en fon entier, paffe pour un des plus beaux morceauxqui nous relient de l’Antiquité. Cet édifice long de 3000 pas,tient d’une montagne à l’autre, & eft foutenu par cent foixante& dix-fept arcades , fur deux rangs élevez l’un fur l’autre, faifantainli un double pont: c’elt fur les plus hautes arcades qu’on faitconduire l’eau qui vient d’affez loin, pour fervir à l’utilité & àla commodité des Habitans de la ville : les baffes fourniffentl’eau au fauxbourg. Cet aqueduc eft bordé de plufieurs baflins,qui fe rempliffent d’eau, & qui fontTfermez par de petites portesde fer. On communique cette eau par des tuyaux dans les prin-cipales maifons, où on n’a qu’à ouvrir un robinet pour en pren-dre la quantité dont on a befoin, & le furplus par le moyen desautres canaux, eft conduit en différens quartiers de la ville, oùl’on a fait des fontaines publiques, principalement dans le faux-bourg habité par les Teinturiers. Cet aqueduc eft bâti de grof-fes pierres de taille fi bien unies enfemble , & fi folidement ap-puyées Les unes contre les autres, qu’on n’a employé ni mortierni ciment pour les joindre : ce qui eft une dextérité inconnue auxArchitectes & aux Ouvriers des derniers fiécles ; & cet édifice s’eftconfervé en fon entier jufqu’à préfent, au lieu que les petites ré-parations qu’on a jugé à propos d’y faire pour la commodité pu-blique, ne durent que quinze à vint ans, lorsqu’on les néglige.On fe fert de l’eau de la rivière qui coule au bas de la ville, pourlaver les draperies, & pour les autres gros ouvrages ; mais elleeft très-mal faine pour ceux qui en boivent, puisqu’elle leur cau-fe fouvent l’hydropifie & la para!yfie:on s’en fert néanmoins enété , pour rafraîchir l’eau bonne à boire qui vient par l’aque-duc. Son Hôtel des Monnoyes, en Efpagnol Cafa de la Moneda,eft un bâtiment affez fpaeieux, flanqué de groffes tours couver-tes de plomb. La manière ingénieufe avec laquelle on y frappela monnoye, a fait donner le nom del ingenio ^la' machine donton fe fert. Cette maifon eft conftruite dans un vallon environnéde la rivière d’Atayada, dont l’eau fait tourner des moulins fi biendifpofez, qu’on s’en fert pour fondre , rogner, pefer, battre &marquer les efpéces d-or & d’argent qu’on y fabrique.; & l’onprétend qu’011 y fait chaque jour, lorsqu’on a affez de matières,autant d’efpéces qu’on en frapperoit dans un mois par les bras del’homme dans la plus fameufe Monnoye de l’Europe. Cette in-vention fut portée à Ségovie par des Monnoyeurs d’Infpruck ca-pitale du Tyrol , d’où l’on fit venir plufieurs Ouvriers capablesd’y travailler. Ce n’eft qu’à Ségovie & à Séville qu’on bat toutela monnoye d’Efpagne ; mais on préféré toûjours celle de Ségovie,à caufe de' la beauté de i’efpéce. * Voyage d’Efpagne en 1679.

Il y a une autreS e’govie ou,CAGAjON,que les Efpagnolsnom-ment Segevia Nueva, ville de l’Ifle de Luçon, une des Philippinesen Afie, avec Evêché fuffragant cfe Manille. * Diégo del Col-ménarès, Hijl. deSegov.

S E G R A I S (Jean-Regnault de) l’un des Quarante de l’A-cadémie Françoife, où il fut reçu en 1662, étoit natif de laville de Caen, dont il fut premier Echevin, & fils de Franpois-Regnault, Sieur de Segrais & de Colombe de la Ménardiére. Dèsfa première jeuneffe, il fe donna aux vers Lyriques, fit plufieurschanfons, & quelques petites nouvelles. Il commença mêmeun Poëme paftoral, fous le nom d'Atbis, qui eft un paffage dela rivière d’Orne, à une lieue de Caen. Les perfonuages por-toient le nom des villages , des hameaux , & des rivières voifi-nes. Il n’avoit encore que 19 à 20 ans, lorsque le Comte deFiefque retiré à Caen , prit du goût pour lui, & l’amena à laCour. Là il acheva de fe former, en prenant cette politeffe &ce bon goût qui ont paru depuis dans fes Ouvrages. Il entra en-fuite dans la Maifon de la Princeffe Anne-Marie-Louïfe d’Orléans,dite Mademoifelle , en qualité de fon Gentilhomme ordinaire ; &ce fut dans leioifir qu’elle eut àSaint-Fargeau,où elle paffa quel-ques années, qu’il travailla tout de bon à traduire Y Enéide deVirgile en vers François, dont il n’avoit fait que quelques effais.Cela ne l’empêcha pas de s’amufei à des Eclogues, à des fiances,

S E G.

à des chanfons; & à d’autres petits Ouvrages de cettefiature, àquoi il joignit les Nouvelles Françoifes, ou les Divertiffemens dela Princeffe Aurélie, qui parurent en 1656. En 1672 ; il fortitde chez Mademoifelle, & fe retira chez Marie-Madelaine de LaVergne, Comteffe de La Fayette ; qui lui donna un appartement.Ce nouveau repos lui fit prendre part à la compoiîtion de Zaïde ,Hijloire Efpagnole , efpéce de Roman ; qui eft pourtant moins delui, que de Madame de la Fayette, ainfi que la Princeffe de Clé-ves, à laquelle François VI, Duc de la Rochefoueaud contribuaauifi. Enfin laffé du grand monde, il fe retira à Caen fa patrie,où il époufa Claude Acher, riche héritière fa parente; fille deJean Acher, Seigneur du Mênil-Vité & d 'Hélène de la Ménai-diére, Dame de Cuverville. L’Académie de Caen étant difper-fée par la mort de M. de Matignon fon Protecteur, M. de Segraisen recueillit les Membres, & leur donna chez lui un appartementfort propre , pour y tenir leurs affemblées. Quoiqu’il fût deve-nu incommodé d’une furdité confidérable, cela n’empêcha pasles perfonnes les plus diftinguées de le venir vifiter , & l’on fcfit un plaifir d’entendre celui qui ne pouvoit entendre les autres.Sa converfation avoit mille agrémens, & la vivacité de.fon e-fprit lui fourniffoit toûjours quelque ehofe de nouveau. Il mou-rut le 25 mars 1701, dans la 76 année de fon âge. M. de laMonnoye fit cette Epigramme à l’occafion de la mort de M. deSegrais,

Quand Segrais affranchi des terrejirés liens,

Defcendit plein de gloire, àux Champs Elyfiens;

Virgile , en beau Franpis , lui fit une Harangue ,

Et comme à ce difcours Segrais parut furpris,

Si je fai, lui dit-il, le fin de vôtre Langue ,

C'ejl vous qui me l’avez appris.

Segrais étoit doux, complaifaùt, aimant à faire plaifir & ne di-fant jamais rien de défobligeant de perfonne. Quand il avoitune fois commencé de parler, il ne finiffoitpas aiiément, & M.de Matignon difoit à ce fujet, qu’il n’y avoit qu’à monter Segrais &à le laiffer aller. Il ne parloit pourtant jamais trop au gré de ceuxqui l’écoutoient. L’Ouvrage le plus confidérable qu’il ait fait,& celui qui l’a le plus fait confidérer dans le monde, eft fa Tra-duction en vers François de YEnéïde de Virgile. Ce Traduéteurconfidérant que la Poëfie fe diftingue principalement de la pro-fe, en ce que fon langage eft plus preffé & plus figuré, a tâchéde renfermer le plus de fens qu’il a pu , en aufîi peu de parolesque la netteté & la contrainte de la Langue Françoife, qui nepeut oublier les articles, ont pu le lui permettre; & il a confer-vé la figure autant qu’il lui a été poflible : c’eft ce qui fait quefa Verfion eft la meilleure de toutes celles qu’on a faites de cePoète, en égalant les idées de notre Poëfie Françoife aux idéesde la Latine. On ne trouve dans fon Ouvrage, ni une para-phrafe, ni une Traduction entièrement littérale : il a cru qu’ilvaloit mieux tenir le milieu entre les deux, en s’approchantnéanmoins plutôt du fens littéral, que de l’autre extrémité. Illui eft arrivé quelquefois de s’écarter tant foit peu ; mars on trou-ve plus fouvent des vers quhl a rendus mot pour mot. Enfinil nous a donné l’Enéïde en François, comme il a conçu queVirgile nous l’eût donné lui-même , s’il fût, né François & denotre tems. Son fujet siy trouve tout entier. On y reconnoîtce Poëte non feulement par le gros de fon Ouvrage, mais parfes moindres parties ; & il le fuit de période en période, auiîtbien que de livre en livre ; & quant aux efforts qu’il a faitspour imiter la clarté, la pureté , la facilité, la magnificence, &le vol majeftueux de Virgile, on eft perfuadé qu’il en eft le moinséloigné de tous ceux qui ont couru la même carrière. Il laiffaplufieurs Ouvrages pofthumes, entre autres une Traduftion desGéorgiques, que l’Auteur eftimoit, dit-on, plus que fon Enéi-de , & qui a été imprimée à Paris, en 1712, in oüavo; le Sé-graifiana, ou Mélange d’Hijloire & de Littérature, recueilli des En-tretiens de M. de Segrais; les Eclogues; l’Amour guéri par letems, Tragédie-Ballet; Relation de l’Ifle imaginaire; Hijloire dela Princeffe de Paphlagonie. * Segrais , Préface fur V Enéide de Vir-gile. Mémoires de Trévoux, mai 1701. Baillet, Jugemens desSavans ,£fc. tome 1. partie 3. p. 559. ». 981 : & tome 4. partie 2. p. 507.». 1544. édit. d’Amfterdam 1725. Le PéreNiceron, Mémoirespour fervir à l’Hift. des Hommes Illujlres, tome 16. p. 12 fuiv .

& tome 20. p. 94. Voyez aufli le Supplément de Paris 173 6.

S E' G R E , grande rivière de Catalogne , qui a fa fourcedans les Pyrénées, au Comté de Cerdagne, baigne Puicerda,Urgel, Balàguer , Lérida & Méquinença, où elle fe déchargedans l’Ebre, après avoir reçu plufieurs rivières, dont les prin-cipales font la Cinca, la Noguéra Ribagorçana , & la NoguéraPallaréfa. * Maty , Di cl. Geogr. où il nomme cette rivière No-guéra Pulleréfa. ...

S E'G U A R D (Jean) Anglois, fils d’un Chevalier d’Angle-terre, s’appliqua particuliérement à la Rhétorique & à la Poë-fie. Il enfeigna l’une & l’autre dans le Comté de Norfolk, &dans la ville de Norwich. 11 a laiffé plufieurs Ouvrages en pro-fe & en vers, dont les plus confidérables font, Metriftencbiridion ;Catbemeron; De miferia bominis'; Decretum Apollinis, &c. 11 vi-voit vers l’an 1420, fous le régne du Roi Henri V. * Pitfeus,de Illujl. Angl. Scriptoribus.

S E' G U B fut fils de Hefron de la Tribu de Jnda; & de la fil-le de Macbir, père de Galaad, il eut un fils nommé Jaïr, quipofféda vint-trois villes au païs de Galaad. Il y a eu un autreSe'gub, fils de Hiel deBéthel qui bâtit Jéricho, contre l’ordreexprès qu’en avoit donné Jofué, & il en fut puni par la mortde Ségub fon fécond fils, & par celle d’Abiram fon aîné, félonl’imprécation que Jofué avoit faite. * I. ou III. Rois, cb. 16 .v. 34.

SE'GUENOT (Claude), Prêtre de la Congrégation de

l’Q-

*