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5 (1740) Lettres I - L
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voit l’an 883, l’étymologie la plus commune que l’on donnât aunom de cette ville. Cette origine paroît affez raifonnable, par-ce que la fituation de Lyon la favorife, & qu’elle efl confirméepar l’autorité deSénéque, qui l’a fi bien décrite en ces vers dela pompe funèbre de l’Empereur Claude', où il fait parler unDieu à ce Prince né à Lyon, de cette forte,

Vidi duobus imminens ftuviis Lugum,

Quod Pbœbus ortu Jemper obverjo videt.

Ubi Rbodanus ingens amne prierapido jluit,

, Marque dubitans quo J'uos jluüus agat,

Tacitus quietis allait ripas vadis,

EJl-ne ilia tellus fpiritus altrix tui? &?c.

Le Père Ménétrier, Auteur d’un Eloge Hiftorique de la villede Lyon, ajoûte deux ou trois conjeétures à ces étymologies dunom primitif de cette ville fa patrie. II croit qu’elle pourroitavoir été nommée par les Grecs A iya ésévov, la montagne du Di-fcours, à caufe de l’autel célébré où les Orateurs difputoient pourJe prix de l’Eloquence; ou LuciDunum, la colline du bois fa-cré, où les Anciens faifoient leurs facrifices. On a cru que lesDruides demeuroient dans le Lyonnois, & que le nom de Guil-lotiére, qu’on a donné à un de fes fauxbourgs, vient de Gui del’an neuf, que ces Prêtres Gaulois y dépofoient. Au relie, lafituation de cette ville elt fi agréable, fon climat fi doux, fesplaces fi magnifiques, fes édifices faints & profanes fi fomptueux,& fes Habitans fi honnêtes & fi civils, qu’elle doit être confi-dérée comme une des plus belles de France. Dans les vieillesInfcriptions, elle ell nommée en divers endroits, Colonia Clau-dia Copia, la Colonie de Claude, & l’abondance des Gaules. El-le eft nommée Colonie de Claude, parce que cet Empereur y étoitné, & qu’il avoit mêlé cette Colonie avec celle des Viennois.On lui donne le nom d’ Abondance, parce qu’elle étoit le grenierde toutes les Gaules, fituée au milieu de la BreiTe, de la Bour-gogne, du Dauphiné, de l’Auvergne, du Vélay, & du Viva-rais, dont elle reçoit les grains, les vins, le bétail, & toutesfortes de denrées, par le moyen des deux rivières qui i’arro-fent. Hérodien l’appelle grande beureufe ville. Ptolomée laqualifie du nom d 'illujlre métropole, parce qu’elle étoit chef d’unepartie des Gaules. Sidoine Apollinaire la nomme Rbodanufia,comme la plus belle ville qui foit fur le Rhône. Jules Céfar Sca-liger l’appelle un nouveau Monde dans le vieux, & un vieuxdans le nouveau, en cette Epigramme,

Flumineis Rbodanus, qua fe fugat incitus, undis,

Ouaque pigro dubitat flumine mitis Arar.

Lugdunum jacet antiquo novus Orbis in Orbe,Lugdunumque vêtus Orbis in Orbe novo.

Quod nobis alibi queeras, btc quare quod optas ,

Aut bic, aut nufquant vincere vota potes.

Les Romains étant maîtres de Lyon, en firent le centre detout le commerce qu’ils établirent dans les Gaules. On établitalors des Intendans de voitures & des marchandées qu’on y por-toit furies rivières. Les foires y furent franches, & les fabri-ques de draps & de toiles fi bien établies, que cette ville endevint célébré parmi tous les peuples étrangers. Les plus grandshommes de Rome firent gloire, ou de contribuer à fa grandeur,ou d’y relier quelque tems. Plancus y mena la première Colo-nie; Augufte y demeura trois ans, & y eut depuis un temple dé-dié , dont les Prêtres furent nommez Sodales Augujiales. CaiusCaligula y inllitua toutes fortes de Jeux, comme nous l’appre-nons de Suétone. Du tems de Néron, la ville de Lyon ayantété brûlée l’an SP, par le feu du Ciel, fut rebâtie par ce Prince.C’ell de cet embrafement dont parle Sénéque dans une de fesEpîtres à Lucilius, au fujet du déplaifir qu’en avoit témoignéLiberalis qui étoit Lyonnois. Tacite fait mention de la libéra-lité de Néron, & en parle ainfi dans fes Annales, V Empereur fitun préfent de cent mille écus à la ville de Lyon, confumée par l'embra-fement. Elle nous avoit fait la meme faveur pendant nos guerres civi-les. L’Empereur Claude naquit l’an 744 de Rome, le mêmejour que l’on confacra à Augulte, l’autel dont nous avons parlé ;& que foixante nations en avoient fait drefler à Germanicus frè-re de Claude. Caracalla & Géta y naquirent aufli. Cette villea été la patrie & la demeure de plufieurs grands Hommes célébrésou par leur Noblefie, ou par leur dignité, ou par leur fcience,ou par leur courage. Cependant elle a été très-fouvent expoféeà de grands malheurs. Outre l’incendie dont nous avons faitmention , Sévére la fit piller, & la brûla en partie l’an 198, pourfe venger des Lyonnois, qui avoient donné retraite à Albin fonennemi. Il y perfécuta depuis l’an 202, les Chrétiens avec tant decruauté, que les rivières y furent teintes de leur fang, & les pla-ces publiques remplies de leurs cadavres. Le Tyran Magnences’y tua l’an 353, de fes propres mains, ayant appris la venue deConfiance ; & Gratien y fut tué par Andragathe-l’an 383- Cesdefordres & diverfes autres guerres, cauférent de grands maux àcette ville ; mais Majorien, Empereur d’Occident, en fut le Re-Ilaurateur à la prière de Sidoine Apollinaire. Elle fut encoreexpofée aux courfes des Allemands, des Goths, & enfin à cellesdes Sarrafins dans le huitième fiécle, pour ne rien dire des def-ordres que les guerres civiles y cauférent dans le XVI fiécle. LesRomains ont été les premiers maîtres de Lyon, & gardèrentcette ville jufqu’au tems d’Honorius, que Stilicon ayant vaincules Goths par le moyen des Bourguignons, la donna pour ré-compense à ces derniers, qui en firent la capitale de leur Royau-me. Ainfi cette ville fut foumife aux Bourguignons, puis auxFrançois vers l’an 532, auquel Clodomir fit mourir Sigifmond,Roi de Bourgogne, & Childebert & Clotaire déthrônérent Gon-dejnar, frère du même Sigifmond. Les François la cédèrent en-

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viron l’an 955, â Conrad I ( Roi de la Bourgogne Transjurane,qui époufa Mabaud, fille de Louis IV, dit d’Outremer. Maisaprès la mort de Rodolphe, ou Raoul III, dit le Fainéant, leRoyaume de Bourgogne ayant été divifé, les Archevêques deLyon, & les Comtes de Forés, difputérent long-tems la poffef-fion de cette ville. Après divers fuccès, les derniers en joui-rent jufqu’en 1173, que Gui II & Gui III, père & fils, la cédè-rent à Guichard Archevêque & au Chapitre. Depuis, la villefut agitée de divers troubles, furvenus entre les Habitans & lesOlficiers de la Juftice de l’Archevêque & de l’Egiife, jufqu’à ceque le Roi Philippe le Bel aquit de l’Archevêque Pierre de Sa-voye le temporel de Lyon, fur lequel il avoit déjà les droits deSouverain. Ce fut en ce tems que commença le Confulat. LeRoi Philippe III, dit le Hardi, favorable aux Plabitans dont ilprenoit le parti contre l’Archevêque, leur avoit donné libertéde s’aflembler. Le Roi Philippe le Ad leur permit d’élire fousfon autorité douze Confeillers tous les ans pour prendre foin deleurs affaires: ce quis’obferva jufqu’en 1595 , que le Roi HenriIV paflant à Lyon, réduifit le Confulat à un Prévôt des Mar-chands, & à quatre Echevins, aufquels le Roi Charles Vill, l’an1495,avoit accordé le privilège de Noblefie, depuis confirmé parles autres Rois fes fuccefleurs. C’eft la récompenfe que les Mo-narques François ont voulu donner à ceux qui ont l’admini-llration des affaires de cette ville célébré par fes richeffes, parfon négoce, & par fes manufaétures. La ville de Lyon eft di-vifée en 37 Quartiers qu’on nomme Pénonages : elle a fept por-tes, de belles places, des édifices magnifiques, & fur tout uneMaifon-de-ville, quipaffe pour un chef-d’œuvre. Chacun de cesPénonages a fon Capitaine & fes autres Officiers. 11 y a aufli unCapitaine des Arquebufiers de la ville, avec fon Lieutenant &fon Enfeigne. L’an 1544, un Architette de Saint-Remi, en-voyé du Roi pour la fortification de la ville, l'ayant fait arpen-ter, trouva qu’elle avoit 6129 toifes de circuit. Depuis, la vil-le a été aggrandie. On y voit encore des reftes des anciens ou-vrages des Romains, à fur tout d’un amphithéâtre, d’aque-ducs & de thermes ou bains publics. La Librairie y commençadès ce tems là; & à peine l’imprimerie fut-elle inventée, qu’ellefut reçue à Lyon, où elle fit d’abord de grands progrès. Sué-tone parlant des Jeux que l’Empereur Caligula établit à Lyon,fait mention de la célébré Académie d’Eloquence qui y étoit, &qu’on nomma 1 ’Atbénée, où ell prélentement l’Abbaïe d'Ainai-Cet Auteur en parle ainfi, Entre autres cboj'es, il y propofa des prixpour l’Eloquence Gréque <$ Latine, ordonnant que les vaincus en don-neroient aux vainqueurs, qu’ils feraient contraints d'écrire à leurlouange. Quant à ceux qui n'auraient rien fait de bon, il les condam-nait à effacer leurs compofitions avec leur langue, comme avec une é-ponge , s’ils n aimaient mieux avoir le fouet, ou être plongez dans larivière. Juvénalfait allufion à cette coutume, dans fa première.Satyre, v. 42 £? fuiv.

-£? fie

Palleat, ut nudis preffit qui calcibus anguem

Aut Lugdunenfem Rbetor diclurus ad aram.

La ville de Lyon a un fiége Préfidial, une Cour des Monnoye*,-une Eleétion, un Bureau des Thréforiers de France, & un Tri-bunal du commerce & des affaires du négoce, qui eft annexé auConfulat, fous le titre de Confervation de Lyon. * Strabon, l. 4.Pline, /. 4. Ptolomée. Mérula. Cluvier, dn Géogr. Suétone, inCaligida c. 20. Céfar, in Comment. Dion, l. 46 lÿ 54. Tacite ,Annal. I. 16. Ammien Marcellin, l. 56. Florus, l. 3. Sénèque,Epijl. 91. Eufébe, Hift. I. 4. 5. Clitophon. Plutarque. Poly-

be. Sidoine Apollinaire , l. 1. Epijl. 5. Grégoire de Tours,

I. 1. fÿ fuiv. Symphorien Champier, de Hier. Ecclef. Lugd. Guil-laume Paradin, Mémoires de l’Hiftoire de Lyon. Claude de Rubis,Hijl. de Lyon. Le Père Jean de S. Aubin, Hift. de Lyon. Le Pè-re Ménétrier, Elog. Hift. de Lyon. M. de Marca, de Prirn. Lugd-Le Père Théophile Rainaud, de Prim. Lugd. DiJJert. JacquesSévert, Cbron. Hift. Prceful. Lugd. Le Mire,' Hift. Ecclef. duDiocéfe de Lyon. Du Chêne, Antiq. des villes France. Budée, l. 2.Sincerus, Itin. Gall. Le Mire, Geogr. Ecclef. Sainte-Marthe,Gall. Cbrift. tome 1. p. 286 & fuiv. Robert, Gall.CbriJl. Peutin-ger, in Itiner. Pithou, Defcr. Flum. G allia. De Bonne-Cafie,Tableau des Provinces de France. Spon, Recherches des Antiquitésde Lyon. DuPuy, Droits du Roi, &c.

EGLISE DE LYON.

Saint Photin & faint Irénée, fuccefleurs des Difciples des A-pôtres, jettérentles fondemens de l’églife de Lyon, qui fut ar-rofée du fang de plus de vint mille Martyrs. L’Archevêque eftPrimat des Gaules. On ne fait pas précifément le tems auquelil a commencé à jouir de ce droit de Primatie ; mais on fait quele Pape Grégoire VII le confirma en faveur de l’Archevêque Gé-buin l’an 1079 ; que depuis, Urbain II, au Concile de Clermonttenu en 1095, en donna un Décret confirmatif ; & que Pafchal

II, Calixte II, Céleflinll, Adrien IV, Alexandre III, MartinV, & Nicolas V, ont autorifé ce Décret. Cette Primatie s'éten-doit alors fur Lyon, Rouen, Tours & Sens ; & depuis que Parisa été démembré de ce dernier Archevêché, pour en faire un fé-paré, il efl demeuré de l’ancien reflort de cette Primatie, de la-quelle il dépendoit. Mais par un Arrêt du Confeil du douziè-me mai 1702, l’Archevêque de Rouen a été maintenu dans lapoffeflion de ne point reconnoitre d’autre Supérieur immédiatque le Pape. Le Chapitre métropolitain & primatial répréfentela Hiérarchie célefle, & celle de l’Eglife primitive, par le nom-bre de fes églifes où elle célébré l’Office divin, de fesdignitez& de fes Miniflres. C’eft ce que les faints Pères, Fondateursde l’églife de Lyon, confidérérent principalement : car comme

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