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5 (1740) Lettres I - L
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LAC.

venoient forts & robuftes ; & c’eft par cette raifon que les F.-trangers envoyoient quérir des nourrices à Sparte, parce qu’el-les excelloient dans ces premiers foins de la vie ; & que même el-les avoient une manière d’emmailloter les enfans, propre à leurrendre la taille plus dégagée. Amycla vint de Lacédémone àAthènes pour allaiter Alcibiade. Les Spartiates, pour éprouverle tempérament de leurs enfans dès leur naiifance avoient accou-tumé de les laver dans du vin ; parce que cette liqueur avoit lapropriété d’augmenter la force de la bonne conftitution, ou dedétruire tout d’un coup la langueur de la mauvaife.

L’Hiftoire de notre tems remarque à peu près la meme chofed’Antoine de Bourbon, Roi de Navarre, qui recevant entre fesbras, des mains de la Sage-femme, fon iils Henri, qui depuis futRoi de France, & l’un des plus vigoureux & des plus vaillansprinces qui euifent jamais été, lui fit fucer d’abord une goufled’ail, & lui mit un peu de vin dans la bouche.

Ceux qui fortoient heureufement de cette épreuve, que lesLacédémoniens faifoient de leurs eufans, avoient leur portionde terres que la République aiîignoit pour leur fubllftance, &entroient dans le droit de bourgeoifie. Les infirmes étoient re-jettez: & pour rendre raifon de cette inhumanité, on alléguoitqu’un Lacédémonien ne naiffoit pas pour foi même, ni pourfon père, mais feulement pour l’Etat, dont ils vouloient que lagloire & l’intérêt fuffent toujours préférez aux devoirs du fang.Athénée allure que de dix en dix jours les enfans palfoient enrevue tous nuds devant les Ephores, pour examiner fi leur fan-té & leur vigueur pouvoit rendre à la République le fervicequ’elie en attendoit. Chaque père de famille avoit droit de châ-tier les enfans d’autrui, comme les liens propres ; & s’il le négli-geoit, on tournoit contre lui la peine que les Auteurs du malavoient méritée. Tout cela pour les tenir dans une vigilanceperpétuelle, & faire fouvenir les enfans qu’ils appartenoient à laRépublique. Ils le foumettoient eux mêmes à la cenfure de tousles Vieillards de la ville; & jamais ils ne rencontroient un hom-me d’âge dans les rues, qu’incontinent ils ne s’arrêtalïent parrefpect, julques à ce qu’il fût paffé. C’eft ce qui fai foi t direaux autres Grecs, Otie fi la vieilleJTe avoit quelque cboj'e d’agréable ,ce n'etoit que dans la ville de Lacédémone. L’oiliveté étoit parmiles jeunes gens un crime honteux, & ceux qui s’y laiflbient allerétoient févérement punis. Pour les hommes mariez, c’étoit unemarque d’honneur, & elle fer voit à difeerner les Lacédémoniensde leurs Efclaves. Pour infpirer aux enfans de l’horreur contrela débauche du vin qui abrutit l’homme, les pères en faifoientboire par excès à ces Efclaves, & les leur produifoient en cet étatridicule & méprifable, qui leur donnoit de l’averfion pour l’i-vrognerie. Le larcin étoit toléré parmi les enfans Lacédémo-niens pour les rendre plus adroits ; mais ceux qui fe laillbientprendre fur le fait, étoient châtiez pour leur imprudence. Ils fepiquoient de railler de bonne grâce, de dire de bons mots, &d’exprimer beaucoup en peu de paroles, & c’eft ce qu’on appelleparler laconiquement. Comme ils aimoient la brièveté dans lesdifcouis, ils Paimoient dans l’aélion : ils étoient a&ifs & vigilansdans toutes les entreprifes : cependant quand les chofes traî-noienten longueur, pour venir à bout de leur delfein, ilsl'ouffroient toutes fortes de travaux avec une conltance admira-ble.

Comme la Chafie chez tous les peuples a toujours été une éco-le & un prélude de la guerre, les Lacédémoniens qui étoientnaturellement vaillans, aimoient pafliônnément cet exercice: àquoi pouvoit contribuer la nature du païs, qui eft encore au-jourd’hui rempli de bêtes noires, & de bêtes fauves, & où fetrouvent les meilleurs chiens de toute la Grèce. Les plus célè-bres Auteurs, comme Platon, Ariftote, Xénophon, Pline, &entre les Poètes, Sophocle, Virgile, liorace, Sénéque, &c.parlent fouvent des chiens de Laconie.

Entre tous ces Auteurs, il faut voir particuliérement Xéno-phon au Traité qu’il a fait de la Chafie, & Ariftote en fon Iii-ltoire des animaux, qu’on peut dire avoit été traduite par Pli-ne, puisque ce dernier le fuit pas à pas. Ainfi la quantité desbêtes & la bonté des chiens rendoient les Lacédémoniens grandsChafieurs; mais ce n’étoit que pour fuir l’oifiveté dans le temsde paix, & pour fe tenir toujours en haleine, quand la guerreles appelloit au combat. Us y étoient fi ardens & fi intrépides,qu’il ne falut que trois cens Lacédémoniens conduits par leurRoi Léonidas, pour s’oppofer à une armée effroyable de Perfansau paflage des Thermopyles. Ils y perdirent tous la vie; & ilss’étoient fi bien munis de cette héroïque réfolution, qu’avantque de fortir de la ville, on leur fit une efpéce de pompe funè-bre, où ils affilièrent eux mêmes. Ces peuples étoient dansune fi haute réputation de vertu & de valeur, qu’ils ont donnélieu à plufieurs de dire, qu’il femble que la nature n’ait jamaisproduit des hommes que dans la fameufe ville de Lacédémone ;que par tout le relie de l’univers le fecours des Sciences, ou leslumières de la Religion, ont contribué à diltinguer l’homme d’a-vec la bête: mais qu’à Lacédémone on apportoit en naifiantdes femences de l’exaéte droiture & de la véritable intrépidité ;qu’on venoit au monde avec un caractère de Philofophe & deConquérant; & que le fcul air natal y faifoit des Sages & desBraves. Auffi on a remarqué que Diogène le Cynique avoit rai-fon , lorsque fortant de Sparte pour retourner à Corinthe & àAthènes, il répondit à ceux qui lui demandoient d’où il venoit,

Je quitte des hommes.

HISTOIRE DES LACEDEMONIENS

jufques à notre tems.

Ce feroit ici le lieu de remonter à l’origine du Royaume deLacédémone , depuis Lélex , Eurotas , Lacédémon , & autresRois des tems fabuleux, jufqu’à Euryfthéne & Proclès, St de-

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puis ces deux derniers, tige des deux familles qui ont régnéconjointement à Lacédémone, jufqu’à la ruine de cet Etat. Maispour éviter les répétitions, nous nous contenterons de débrouil-ler autant que nous le pourrons, cette fuite de Rois dans la Ta-ble Chronologique que nous donnerons à la fin de cet article.Au refte, nous ne fpécifierons point ici les querelles particuliè-res des Lacédémoniens contre les peuples voilins, & nous netoucherons que les événemens les plus remarquables. Us termi-nèrent avec beaucoup de gloire deux guerres fanglantes contreles MelTéniens, la première 722 ans, la fécondé 669 avant J. C.Enfuite ils jouirent d’une longue paix ; & l’année 510 avant l’E-re Chrétienne, ils envoyèrent un fecours aux Athéniens, &contribuèrent à ruiner la Tyrannie des Pififtratides. Les Athé-niens ayant brûlé la ville de Sardes, attirèrent les armes des Per-fans dans la Grèce, & envoyèrent demander des troupes auxi-liaires aux Lacédémoniens. Mais ceux-ci retenus par le fuper-ftitieux prétexte de ne point donner la bataille avant la pleineLune, firent marcher le fecours trop tard : de forte qu’il ne com-battit point à la fameufe bataille de Marathon /“qui fe donna 490ans avant Jesus-Christ. Depuis, les Lacédémoniens prirent unintérêt particulier à la défenfe de la Grèce; & c’eft le tems de laplus grande fplendeur de cette République. Elle devint l’effroides Perfans & la vénération des Grecs, qui y trou voient leurazyle. Les Athéniens furent alors tellement perfuadez de la va-leur des Spartiates, qu’ils n’héfitérent point à leur céder le com-mandement de l’armée des Grecs. Thémiftocle ne dédaigna pasde fervir fous le Lacédémonien Eurybiade, &*ce fut fous les or-dres de ce Général que la bataille navale de Salamine fut gagnéefur les Perfans dix ans après la journée de Marathon. L’annéefuivante, le Lacédémonien Paufanias, Capitaine Général de l’ar-mée Gréque, triompha encore des Perfans à la bataille de Platée ,l’une des plus célèbres de ce tems-là. Enfuite il porta fes armesdans l’ille de Cypre & vers l’Hellefpont, & outre fes autres con-quêtes, il fe rendit maître de Byzance. Ce fut alors que la ja-loufie commença à brouiller Lacédémone & Athènes. Un grandtremblement de terre ayant ruiné la ville de Sparte, & la rébel-lion des Hélotes étant furvenue au même tems, les Lacédémo-niens démandérent du fecours aux Athéniens, & s’en repenti-rent incontinent, s’étant imaginé que les Athéniens feroientlespremiers à les opprimer. Cela les obligea de faire eux-mêmes uneffort, ils battirent les Rebelles, & renvoyèrent le fecours àmoitié chemin. I.es Athéniens irritez de cet affront, firent é-clater leur reffentiment au bout de quatre années. Après quel-ques combats, les Athéniens, conduits par le Capitaine Tolmi-das, vinrent ravager la Laconie. Cimon ménagea une trêvede quinze ans, qui fut rompue la quatorzième année par les A-théniens. Quatre ans après commença la célébré guerre du Pé-loponnéfe, décrite par Thucydide. Dans la dixiéme année decette guerre, Brafidas Général des Lacédémoniens, & CléonGénéral des Athéniens, étant morts tous deux à la bataille deTorone en Thracc, les deux Républiques firent une trêve decinquante ans. Elle fut rompue au bout de huit ans, par la guer-re de Sicile, fatale aux Athéniens, qui furent battus, &oùNi-cias fut tué. La valeur d’Alcibiade balança quelque tems la pro-fpérité des Lacédémoniens, jufques à ce que s’étant réfugié chezeux, il leur perfuada d’augmenter leurs forces navales. Ainfi,ils furent les maîtres de la mer dix-fept ans entiers. Lyfandregagna la bataille d’Ægos-Potainos : ce fut le coup fatal pour lesAthéniens. Leur ville fe rendit, & reçut garnifon Lacédémo-nienne: fes murailles furent rafées, & elle fut réduite fous leurjoug. Le fameux Athénien Thrafybule rétablit fix ans après, laliberté dans Athènes, & en châtiâtes Lacédémoniens, qui de-puis fe liguèrent avec le jeune Cyrus contre fon frère Artaxer-xès , RoidePerfe. Ils envoyèrent Agéfilaüs dans l’Afie, où iLfit de très-belles aétions. Ce fut alors que les Grecs fe liguèrentauffi contre les Lacédémoniens, & qu’Agéfilaiis donna une ba-taille aux Béotiens, dont l'iffue fut douteufe. Bien-tôt après, lesaffaires des Lacédémoniens commencèrent à décliner. Ils per-dirent la bataille navale de Cnide, que gagnal’Athènien Conon,Général des Perfes. Depuis, les Lacédémoniens s’emparèrentpar adrefie de Thébes , d’où ils furent chaflez quatre ans aprèspar Pélopidas. Mais ils perdirent la bataille de Leuétres contreEpaminondas, l’an 371 avant Jesus-Christ, & cette fanglantedéroute leur ôta l’empire de la Grèce. Enfuite les Arcadiens lesvainquirent, & Sparte fut affiégéepar Epaminondas, qui facca-gea toute la Laconie. Ils implorèrent inutilement le fecours desAthéniens; mais enfin les Perfans les réconcilièrent avec les Thé-bains. Cette paix ne dura guéres. Les Lacédémoniens perdi-rent encore la bataille de Mantinée contre Epaminondas, qui pourleur bonheur mourut en cette fanglante journée. Depuis, ils fe-coururenr avec peu de fuccès les peuples de la Phocide , atta-quez par les Thébains, & par Philippe Roi de Macédoine. Cet-te guerre qui fut appellée la Guerre facrée, commença 355 ans a-vant Jesus-Christ. Us virent avec jaloufie la profpérité desMacédoniens, & furent les feuls de la Grèce qui ne voulurentpoint reconnoître Alexandre le Grand pour Capitaine Général con-tre les Perfans. Pendant les conquêtes d’Alexandre, ils attaquè-rent fon Lieutenant Antipater, qui gagna fur eux une bataille,où périt leur Roi Agis. Quelque tems après , Cléonyme, II. dunom, Roi de Lacédémone, fe voyant exclus de la Couronne, é-quipa une armée navale, & vint faire la guerre aux Romains enfaveur des Tarentins. U gagna quelques batailles contre les Al-liez de Rome, & fut enfin vaincu par le Conful Æmilius, l’an452 de la fondation de Rome, & 302 avant J. C. Enfuite lesLacédémoniens continuèrent à fe brouiller avec les fucceffeursd’Alexandre, & furent vaincus par Démétrius.

Cléonyme, à fon retour d’Italie, appella Pyrrhus à la conquê-te de la Laconie ; mais la valeur des Habitâns de Sparte contrai-gnit Pyrrhus de lever le liège qu’il avoit mis devant la ville. La-B cé-