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5 (1740) Lettres I - L
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8 LAC.

r.e rapporterons ici que les principales, en y ajoûtaiit ce qui fe trou-ve de plus fingulier dans les Auteurs, touchant le génie &Ies cou-tumes des Lacédémoniens. Lycurgue banniffoit rigoureufementles Etrangers de fa République, de peur que leur commercerle mélange des coutumes oppofées ne corrompiffent la difcipline& les bonnes mœurs des Habitans. Par la même raifon ii défen-doit aux Lacédémoniens de voyager, fi ce n’étoit par la nécelli-té de porter la guerre dans les Etats étrangers, ou d’envoyer desAmballadeurs chez les Princes éloignez. Cette exception nelaifl'a pas de produire dans la fuite des effets pernicieux ; l’arméequ’Agéfilaüs ramena de l’Afie, & le féjour que les troupes de Ly-fandre avoient fait à Athènes, portèrent à Lacédémone la mol-lelîe & les vices de ces peuples efféminez.

Cette exclufion des Étrangers fit crier les Athéniens, & tousleurs Ecrivains fe déchaînèrent contre cette coutume qu’ils nom-moient barbare, contraire à l’humanité & à la Société Civile.Non feulement les Poètes, les Orateurs & les Philofophes s’enfont plaints, mais aulli les Capitaines; & nous apprenons deThucydide, que Periciès propofa d’envoyer des Ambaffadeursà Sparte, pour demander entre autres chofes, qu’on y fouffrît leféjour des Athéniens, des Alliez & des Etrangers. 11 n'y a quePlaton , qui s’étant dépouillé des intérêts & des préventions defa patrie, s’eftconformé à ce réglement de Lycurgue, dans unedes loixde fa République, voulant qu’on n’y foulfrît les Etran-gers qu’en de certains jours. Et c’eit aufîi comme il faut enten-dre la loi de Lycurgue. Les Etrangers étoient reçus à Spartependant les folemnitez des Eêtes, des combats publics, des Jeux,& autres fpeétacles, & même étoient placez fur des fiéges à cou-vert, pendant que les Habitans n’avoient point de place fixe. LesMagillrats nommez Proxénes n’étoient établis dans Lacédémoneque pour cela. Xénophon & Plutarque font l’éloge du SpartiateLychas , fur fon hospitalité envers les Etrangers ; & nousvoyons dans la Vie d’Agélilaiis, que quand on porta à Lacédé-mone les premières nouvelles de la bataille de Leuftres, toutela ville étoit pleine d’Etrangers. Ce n’étoit pas affez à Lycurgued'éviter la corruption qui pouvoit venir du dehors, il voulutaufîi prévenir celle du dedans, & qui peut être engendrée parla molleffe & l’oifiveté. Ce fage Légillateur, pour rendre lecorps plus vigoureux, plus fain, & plus propre à la guerre,obligeoit fes Citoyens aux exercices de la chalfe & de la danfe.Ils avoient appris l’une & l’autre de Caftor & de Pollux, der-niers Rois de la fécondé race ; & l’on tenoit que la Déeffe Pal-las avoit montré la danfe Pyrrhique à ces deux jumeaux. Athénéel’a ainfi affuré : du moins il eft certain que. les enfans de Sparteétoient obligez d’apprendre la Pyrrhique dès l’âge de cinq ans.Ün la danfoiten habillement de guerre, chacun frappant de l’é-pée fur le bouclier de fon compagnon, & mêlant dans la gravitédes pas toutes les poftures martiales qui pouvoient répréfenterun combat. La danfe n’étoit pas feulement entre eux l’image dela guerre, elle en étoit un monument effeétih Ils alloient à lacharge, & attaquoient l’ennemi avec des démarches compalfées,mais fiéres & belliqueufes, quoique mefurées au fon de la flûte,qui étoit leur feul inftrument de guerre. C’étoit un feeret pourfaire garder les rangs & les liles : ce qui eft l’effentiel de l’exerci-ce militaire, n’étant pas poflible que les Soldats ne gardaffentbien leurs diftances, & ne gagnaflent le terrain en même tems,après s’être concertez là-delfus dès l’âge de cinq ans. Le fpefta-cle des balets eft dû aufîi à l’imitation des Lacédémoniens, & lesleurs étoient fans comparaifon plus ingénieux que les nôtres.Avec des pas réglez, ils trouvoient le moyen d’enfeigner l’Hi-ftoire; leurs piez & leurs mains parloient; & il y avoit un figrand art, & une fl naïve expreflion dans leurs poftures, queles fpeftateurs déchiffroient intelligiblement les circonftances lesplus myftérieufes de leurs Divinitez. Voyez ce que Lucien en adit en divers lieux. A l’égard de la danfe, qu’ils appeiloient Bi-bafis, on comptoit le nombre des fauts qu’on y faifoit; & poury exceller, il falloit lever les piez bien haut, & donner du talonbeaucoup au deflùs du jarret. Elle étoit fi peu grave, en com-paraifon des autres, que Cragius conjeéture qu’on la laifloit pourles Hélotes, & pour les autres Efclaves. Mais on peut douter,fi ce qu’Ariftophane en a dit dans la Comédie de Lyfiftrate, s’ac-corde bien avec cette conjeéture. Pour la Gymnopédie, qui leurétoit particulière, elle étoit compofée de deux chœurs. Leshommes danfoient tous nuds dans l’un, & les enfans de mêmedans l’autre; & tous chantoient des Hymnes à Apollon. Il yavoit encore une autre forte de danfe, où les enfans, les hom-mes faits & lesfcûeillards paroifloient diftinguez en trois chœursdifférens, & venoient chanter les louanges de ces trois âges.C’étoient là les trois principales danfes, de quinze ou vint espè-ces qui étoient particulières aux Lacédémoniens, comme nousl’apprenons de Pollux & d’Athénée. La danfe n’étoit pas moinscommune aux filles de Lacédémone. Plutarque dit que Théféey devint amoureux d’Héléne, la voyant danfer avec les autresfilles deSparte, devant l’autel de Diane, furnommée Ortbia; &que ce fut après cette danfe qu’elle fut enlevée pour la premièrefois. Mais on leur a reproché qu’elles danfoient toutes nues enpublic, &peu de gens font perfuadez qu’il y eût de la modeftiedans ce fpeétacle. Il faut toutefois que les Lacédémoniens euf-fent leur raifon, & que la chofe étant commune parmi eux,comme il fe fait une habitude de l’œil & de l’objet,qui difpofe àl’infenfibilité, & qui bannit les fales défirs de l’imagination, el-le ne fît pas dans leurame une impreffion dangereufe & criminel-le. Une coutume perpétuelle rebute plus les yeux qu’elle ne lestente, & fi l’on fe met bien dans l’efprit l’intégrité des mœurs dela nation, on demeurera perfuadé de ce bon mot, les filles deSparte n’étoient point nues, l'honnêteté publique lescouvroiti Ellesétoient aufîi drelfées à tous les autres exercices des garçons, à lacourfe, à la lutte, à lancer le javelot; & ces occupations violen-tes ne fervoient pas feulement à les détourner des molles volu-

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ptez, mais aufîi à les rendre robuftes & adroites, pour fecouritles hommes au befoin dans la défenfe de la patrie, & pour met-tre au monde des enfans capables de fouffrir les fatigues de laguerre. Dans tous ces exercices publics, qui fe faifoient en lapréfence des Rois, des Magiftrats & des peuples, on blâmoitlesjeunes gens qui avoient manqué à leur devoir, & on donnoitdes louanges à ceux qui les méritoient: ce qui fervoit merveil-leufement pour animer les uns & les autres à la vertu. Si la pu-deur & la modeftie étoient elfentielles aux filles de Sparte, lafagefle & la chafteté ne l’étoient pas moins aux femmes. Ellesavoient une fi grande paillon pour leurs maris, qu’elles n’ou-blioientrien, pour leur donner de l’amour. Plutarque en par-lant du fleuve Eurotas, dit que le Mont-Taygéte produifoit uneherbe appellée Cbarifion, que les femmes de Sparte s’attachoientau col pendant le printems, parce qu’elle avoit la propriété deredoubler l’affeétion conjugale. Ariftote a écrit avant lui la mê-me chofe. L’adultère étoit parmi elles un crime inouï, & il nefaut que produire pour cela la réponfe de Uérédas. Un Etran-ger demanda à ce Lacédémonien, comment on puniffoit à Spar-te les gens qui faifoient commerce de galanterie avec une femmemariée. Il ne s’en trouva jamais, répliqua Gérédas. Mais fup-pofons qu’il s’en trouvât, ajoûta l’Etranger. En ce cas, dit leSpartiate, il faudroit que le coupable payât un taureau d’unegrandeur fi énorme, qu’il pût boire de la pointe du Mont-Tay-géte, dans la rivière d’Eurotas. Mais, reprit l’Etranger, vousne fongez pas qu’il eft impoflible de trouver un fi grand taureau.Le Spartiate, en fouriant: Mais vous ne fongez donc pas vous-même , qu’il eft impoflible d’entretenir un commerce de galante-rie criminelle avec les Dames de Lacédémone. 11 ne faut pascroire ici, que les anciens Auteurs fe contredifent eux mêmes,quand ils afiùrent qu’on ne voyoit point d’idultére à Sparte;car Xénophon témoigne, & Plutarque aufîi, qu’un mari qui fecroyoit ftérile, appelloit fouvent un homme de bonne mine dansfon lit nuptial, pour en avoir des enfans bien faits: ils n’appel-loient pas cela un adultère. Les Spartiates croyoient que dansle partage d’un bien fi précieux, le confentement ou la répu-gnance d’un mari fait ou détruit tout le crime; & qu’il étoit decela, comme de ces thréfors qu’un homme donne de fon bon gré,quand il lui plaît; mais qu’il ne veut pas pourtant qu’on lui vo-le. Dans ces rencontres, la femme ne trahilfoit pas fon mari, &toutes les perfonnes intérefièes étant d’accord, comme on n’yfentoit point d’offenfe, on n’y trouvoit point de honte. Le ma-ri ne demandoir point à une femme des voluptez, il lui deman-doit des enfans: ces facilitez réciproques étoient un véritablefeeret, pour déraciner la jaloufie , & empêcher les divorces.Aufîi lTIiftoire, qui marque que les divorces étoient fréquensparmi les autres nations, ne parle que de celui du Roi Ariltonchez les Spartiates, comme Hérodote le rapporte.

Les Lacédémoniens avoient fi peur que le fang royaldes Iléraclides ne fe mêlât à quelque fang étranger, que les E-phores avoient charge exprefie de garder les Reines de Sparte,& répondoient de leur conduite. Ainfi de toute la nation, iln’y avoit que les Rois feuls qui eulfent droit de répudier leursépoufes, fur des raifons légitimes. Mais enfin il faut regarderce partage des femmes de Sparte, comme une tolérance; & lachofe étoit volontaire. La loi 1; permettoit, & ne le comman-doit pas. Pour ce qui eft des loix & des coutumes du mariage,voici ce que les Auteurs nous en apprennent de plus fingulier.Athénée remarque qu’il y avoit à Sparte une maifon oblcure,où l’on enfermoit les jeunes perfonnes del’un & de l’autre fexe,qui étoient d’âge à fe marier; & que le garçon époufoit la pre-mière fille qui lui tomboit fous la main. Ils prétendoient qu’ileft plus honnête & plus de la pudeur, de fe marier en aveugle,que d’en croire les œillades lafeives des amans ; & qu’en cetteoccafion les autres peuples qui penfent faire les fins, ne laiflentpas de donner beaucoup au hazard. Plutarque, s’éloignant dutémoignage d’Athénée, dit qu’il falloit que le garçon enlevâtpar force la fille qu’il devoit époufer; peut-être afin que la pu-deur prête à fuccomber, trouvât une exeufe dans la violence duravifleur. 11 ajoûte que quand le mariage fe confommoit, lafemme étoit vêtue de l’habit d’un homme. Les Auteurs n’en di-fent point de raifon, & on ne peut guéres en imaginer de plusmodefte, ni de plus apparente, linon, que c’étoit Je fymboledu pouvoir égal qui étoit à Sparte entre le mari & la femme ;car il eft certain, qu’il n’y a jamais eu de nation, où les femmesayent été plus abfoiues qu’à Lacédémone. C’eft ce que nousperfuade la réponfe que fit Gorgonne, femme de Léonidas, RoideSparte, à une femme étrangère, qui lui difoit, Il n’y a quevous autres femmes de Lacédémone qui commandiez à vos maris. Celaeft vrai, répliqua la Reine; mais aufti il n’y a que nous qui met-tions des hommes au monde. Elle entendoit des hommes braves &vertueux. Julius Pollux aflïire que non feulement les Lacédé-moniens punifloient les hommes qui ne fe marioient point;mais aufîi qu’il y avoit des peines pour ceux qui 1e marioientmal, & qui contraétoient des alliances mal alforties. Athénéeajoûte qu’en un certain jour de Fête, les femmes de Lacédémonetrainoient autour de l’autel les hommes qui fuyoient le mariage; &que là elles leur donnoient force foufflets, pour leur infpirer parla honte encore plus que par les coups, un penchant à l’unionconjugale. Enfin, il n’étoit pas permis à Sparte de vivre dansle veuvage ; & le mariage n’étoit interdit qu’à ceux qu’on appel-loit Trefantes, c’eft à dire, ceux que la lâcheté & l’effroi avoientfait fuïr d’une bataille ; & cette ignominie paifoit jufqu’à leursfilles, que perfonne n’ofoit époufer. A moins que de fe marier,tous les autres remèdes contre les tentations de la lafeiveté yétoient très-dangereux; & quiconque violoit une fille, y étoitpuni de mort. Les enfans qui naiflbient de ces mariages contra-étez entre père & mère, à qui de fréquens exercices de corps, lachafteté & la tempérance, donnoient une fanté vigoureufe, de-

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