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feédémone tourna alors fes propres armes contre elle-même, fé-lon la deftinée des grandes puiffances, quand elles font parve-nues à leur période. Le Roi Agis y voulant reformer les mœurs& rétabljr l’ancienne difcipline, s’attira la haine de l’autre RoiLéonidas, avec le malheureux fuccès que l’on peut voir dansPlutarque. Cléoméne, III. du nom, qu’on peut appeller ledernier des Braves de Lacédémone, après avoir fait des aétionsadmirables pour foutenir les projets d’Agis, perdit malheureufe-ment la bataille de Sellalîe, & fe fauva en Egypte, où il mouruten l’année 223 avant Jésus-Christ. Ce fut alors que toute lafplendeur de Lacédémone s’évanouît. Un Lycurgue, qui n’é-toit pas de la race des Héraclides, corrompit les Ephores, & feht élire Roi, il a été le dernier. Le Tyran Machanidas ufurpal’autorité, & fut enfin tué devant Mantinée par Philopœmen.Le cruel Nabis prit fa place, & fut tué par les Etoliens. AlorsPhilopœmen afl’ocia Lacédémone à la Ligue des Achéens. Elles’en détacha neuf ans après : ce qui obligea Philopœmen à la pri-ver de fes loix anciennes, & à ruiner fes murailles. Elle rentradans l’alliance des Achéens , mais avec tant de répugnance,qu’elle envoya des Députez à Rome pour s’en plaindre : ce quiattira la ruine des Achéens. Elle eut quelques démêlez avec ledernier Philippe, Roi de Macédoine, qui fut enfin vaincu parles Romains, & fe vit contraint de lailfer Lacédémone en repos.Les Romain rendirent la liberté aux Lacédémoniens, & leurpermirent de vivre félon leurs loix, fans autre fujettion, quecelle de fournir des troupes auxiliaires , quand la Républiquede Rome les en folliciteroit. Cette condition étoit délicate pen-dant les guerres civiles des Romains, où chaque Chef de partiprétendoit répréfenter le corps de la République. Par bonheurpour les Lacédémoniens, ils fuivirent le parti de Céfar; & aprèsfa mort, s’attachant aux intérêts de fon lùccelfeur, ils combat-tirent contre Brutus à la bataille de Philippes, où il y eut deuxmille Lacédémoniens de tuez du côté d’Augufte. La douzièmeannée de l’empire de Tibère, qui étoit la 25 de Jesus-Christ,la ville de Lacédémone eut un différent à Rome contre les Mef-féniens , pour le temple de Diane Limnatide, rapporté dans lequatrième livre des Annales de Tacite. L’affaire fut jugée à l’a-vantage des Mefféniens. Lacédémone jouît d’une profondetranquillité fous les autres Empereurs Romains, qui lui Diffé-rent l'ufage de fes loix. Xiphilin a remarqué que lorsque Né-ron vifita les villes de Grèce, & qu’il entreprit de couper l’Iflh-me, il n’ofa entrer dans Lacédémone ; parce que la manière devivre de ce Prince, répugnoitàl’auftérité des loix de Lycurgue,qui y étoient encore obfervées. Ce qui e£t confirmé par Philo-ftrate, qui dit, qu’Apollonius de Tyane, qui vivoitfous l’em-pire de Domitien , paffa à Lacédémone, & y trouva les loixde Lycurgue dans leur première force. La réputation de l’an-cienne valeur des Spartiates, continua jufques dans le Bas Em-pire. Hérodien écrit, que l’Empereur Caracalla entretenoit par-mi fes Légions, une Phalange Laconique ; & outre cela une Com-pagnie levée dans Lacédémone, & compofée de l’élite delà Jeu-neffe. Les fucceffeurs de Conflantin le Grand entretenoient aufGauprès de leur perfonne une Garde Lacédémonienne.
Après la divilion qui fut faite de l’Empire d’Orient, Lacédé-mone fut donnée en appanage aux frères ou aux fils aînez desEmpereurs. La ville reprit alors fon premier nom de Sparte, &celui de Lacédémone fut prefque fupprimé. On donna le nomde Defpotes aux Princes de Sparte, & le nom de Defpotat à la for-me du gouvernement. La Morée en dépendoit, & la réfidencede ces Defpotes étoit ordinairement à Sparte, & quelquefois àCorinthe. Un Seigneur François nommé Philibert de Naillac ,Prieur d'Aquitaine , & Grand-JVlaître de Rhodes, traita au nomde l’Ordre de S. Jean, pour le Defpotat de Sparte, l’an 1403.Cette fouveraineté étoit alors entre les mains de Théodore Por-phyrogénète, frère d’Andronic & d’Emanuel, qui furent fuccefli-vement Empereurs de Conllantinople. Le Sultan Bajazet venantde gagner la bataille deNicopolis, fur Sigifmond Roi de Hon-grie , & fur Jean Comte de Nevers , fils du Duc de Bourgogne,le Defpote Théodore defefpéra de pouvoir difputer la Morée àcet heureux Conquérant, & voulut céder Sparte & Corinthe auxChevaliers de Rhodes, qui n’étoient plus en pouvoir de les con-ferver. Mais lorsque l’invincible Tamerlan eut triomphé de Ba-jazet, fa vidtoire releva le courage des Spartiates, qui fe cru-rent alors affurez contre les Turcs. Comme ils haïffoient la do-mination des Latins, ils ne voulurent jamais fouffrir que Théo-dore aliénât la Tzaconie. C’eft ainfi que le païs fut appellédans les derniers tems, n’y ayant eu qu’une lettre de changée aunom ancien: & la ville prit aufli celui de Mifetra, fous lequelelle eft connue aujourd’hui. Ainfi le traité fut rompu: les Che-valiers rendirent Corinthe, où ils s’étoient déjà établis; & ilfallut que Théodore rendit aufli les deniers qu’il avoit touchezpour le prix de Sparte. Il laifla par fa mort le Defpotat à un au-tre Théodore, qui étoit fon neveu, & fils de l’Empereur Ema-nuel. Ce fécond Théodore époufa une Italienne, qui étoit dela Maifon de Malatefia : ce qui a depuis fait paffer le titre de Ducde Sparte dans cette famille. Théodore II alla à Conftantinople,dans l’efpérance d’hériter de l’Empire en la place de fon frèreJean ; & laifla le Defpotat de Sparte à fon autre frère Conflantin,furnommé Dragojès, qui a été le dernier Empereur d’Orient. CePrince, après avoir pris la Couronne Impériale, partagea la Mo-rée entre fes deux frères, Démétrius & Thomas, les deux der-niers des fix enfans de l’Empereur Emanuel. Ils furent les deuxderniers Defpotes du païs La ville de Sparte échut à Démétrius,& celle de Corinthe à Thomas. Une haine mortelle s’alluma en-tre ces deux frères ; & la Morée fut également la proye des Grecs& des Etrangers. Thomas fut foutenu des Latins ,& Démétriusdes Turcs. Les deux Defpotes s’accuférent réciproquement de-vant Mahomet II. Chacun d’eux lui paya tribut, & implora fa pro-tection contre l’autre. A la fin l’effort des Turcs tomba fur Tho-
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mas, qui fut contraint de fe fauver à Rome. Mahomet fe ren-dit maître de Sparte, & fit feier le Gouverneur du château par le
milieu du corps. 11 dépouilla en même-tems Démétrius de fon
Defpotat, l’envoya à Andrinople, & époufa la Princefle fa fillequ’il n’ofa pourtant jamais appeller dans fon lit, de peur qu’ellene le tuât ; parce que cette jeune Princeffe avoit un très-grandcourage. Chalcondyle, Sanfovin, & l’Hirtoire Politique publiéepar le doéte Crufius, rapportent au long les malheurs déplora-bles de ces deux Defpotes. Ce fut en l’année 1460, que la villede Sparte tomba fous la domination des Turcs, fept ans après laperte de Conftantinople , cinq ans après celle d’Athènes , &3210 après fa fondation. Les Turcs ne gâtèrent point la ville.Ils laifférent fur pié les magnifiques bàtimens de l’Antiquité, quiy fubfiftoient encore. Les italiens font les auteurs de la défola-tion de cette ville. La troifiéme année après que les Turcs s’enfurent emparez, c’eft à dire, en 4463, Sigifmond Malatefia,Prince de Rimini la vint afliéger, & la prit après une longue ré-fiftance ; mais il ne put emporter le château ; & fe voyant con-traint de lever le fiége, il mit le feu dans la ville dont il ruina laplus grande partie. Ce Prince avoit été excommunié par le Pa-pe Pie II pour des barbaries infignes, & avoit cru peut être lesréparer en faifant la guerre aux Turcs; mais de la façon qu’il trai-ta les Chrétiens de Sparte, on l’accufa d’avoir voulu expier fespremiers crimes par de plus énormes. Bénédetto Colléone Gé-néral de la République de Venife la prit en 1473; mais fa mortempêcha qu’il ne fe rendît maître du château. Les Vénitiensrentrèrent dans Mifitra l’an 1687, fous la conduite du Généra-lillime Morofini après la prife de Corinthe, & ils l’ont perduedepuis. Le Gouvernement que le Grand Seigneur y avoit alors,confiftoit en un Bey , un Aga, un Vaivode, un Mula, & qua-tre Gérontes ou Sénateurs. Le Bey étoit Gouverneur de la La-conie & indépendant du Sangiac ou Bacha de la Morée. Il com-mandoit à Mifitra, à Malvefia, & à Coron. L’Aga commandoitdans le château & fur la milice du païs. Le Vaivode étoit com-me un Prévôt de la Maréchauffée, qui veilloit à la fûreté deschemins , & à la recherche des Brigands. Le Mulafaifoit la fon-étion de Moufti ou de Grand Prêtre de la Loi Mahométane, &de Cadi, ou Juge: ainfi il régloit les affaires fpirituelles & cel-les de la Police. La charge des Gérontes ou Sénateurs étoit pof-fédée par des Chrétiens de Mifitra, qui étoient choifis des meil-leures familles Gréques de la ville. Ils connoiffoient des affai-res civiles des Chrétiens, mais il y avoit appel au Mula.
ETAT PRESENT DE LACEDEMONE.
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Cette ville eft divifée en quatre parties différentes, détâchéesl’une de l’autre, favoir, le château, la ville & deux gros faux-bourgs, l’un appellé Méfochorion, ou bourg du milieu, & l’autreExocborion ou bourg de dehors. Les Turcs nommoient aufli cedernier Marathe. Le château, la ville & le Méfochorion fontféparez de l’Exochorion par la rivière appellée autrefois Babyca ,& aujourd’hui fiafilipotanios, fur laquelle il y a un beau pont depierre. Ce château nommé en Grec KaJlron , eft fitué fur unemontagne faite en pain de fucre, fort haute & fort efearpée.L’églil’e, dont les Turcs avoient fait une mofquée, eft au milieudu château. Ce château n’eft pas celui de l’ancienne Lacédémone,duquel on voit encore les mafures fur une colline oppofée , &qui ne commandoit pas affez la ville. C’eft pourquoi les Defpo-tes firent bâtir celui-ci fur le déclin de l’Empire. Sa fituatton eftfi avantageufe, que tous les Hiltoriens conviennent que cetteFortereffe n’a jamais été emportée de vive force, mais feulementpar capitulation. La ville eft au pié du château , qui la couvredu côté du Nord. Elle a deux grandes rues & plufieurs petitesqui y répondent. L’ancienne place publique qu’on nommoit A-gora , & que les Turcs appelaient le grand Bazar, c’eft à dire,le grand marché, eft ornée d’une très-belle fontaine, qui jette del’eau par trois gros tuyaux de bronze ; & il y a tout proche uneéglife bâtie fur les ruines du temple de Minerve Agoréenne. Auxenvirons de ce grand marché, on voit quelques reftes de quatreédifices de marbre, qui font aujourd’hui les plus remarquablesantiquitez de Mifitra, favoir, du portique des Perfans, du tem-ple d’Héléne, du temple d’Hercule & du temple de Vénus ar-mée. Le portique des Perfans que le vulgaire nomme les mai-fons du Roi Ménélas, étoit foutenu par des ftatues d’hommes ,au lieu de colomnes. Vitruve en rapporte la raifon, & nous ap-prend que les Lacédémoniens ayant défait une grande armée dePerfes à la bataille de Platée, fous la conduite de Paufanias, me-nèrent leurs captifs en triomphe, & de leurs dépouilles bâtirentune galerie qu’ils appellérent Perfique. La voûte étoit foutenuepar des ftatues en forme de Perfes captifs avec leurs vêtemensordinaires, afin de laiffer à la poftérité un monument de la vi-ftoire des Lacédémoniens, & de l’opprobre des Perfes. L’égli-fe métropolitaine des Chrétiens, s’appelle Pamgia, parce qu’el-le eft dédiée à la Vierge toute-fainte. Elle a fept dômes , & lescolomnes y font toutes de très-beau marbre. Le pavé eft un ou-vrage à la Mofaïque, ou de pièces rapportées de différentes cou-leurs, qui font un effet admirable à la vue. L’Archevêque deMifitra a fon Palais près de l’églife, où il y a un appartementpour dix ou douze Caloyers, qui poffédent les dignitez de la Pa-nagia, Non loin de là eft le célébré monaftére PandaneJJi, quiappartient à des Caloyéres ou Religieufes de l’Ordre de S. Bafile.Cette églife eft beaucoup plus magnifique que la métropolitaine,quoiqu’elle foit très-petite. Le marbre de fes murailles & de fescolomnes eft plus riche & mieux travaillé. La Mofaïque de fonpavé eft de couleurs plus vives, & la difpofition de fes dômeseft mieux entendue. Il n’y a que cinq dômes, mais leur fym-métrie eft très-belle.
Dans la Méfochorion , on voit encore une églife dédiée à laPanagia ou Vierge toute-fainte, dont la iqagnificence furpaffe cel-le