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liâtes aux Habitans de la ville , & celui de Lacédémoniens auxHabitans de la campagne. Hérodote, Xénophon & Diodore,l’ont prefque toujours ainii obl'ervé, quand ils ont fait le dé-nombrement des troupes de la République, pour diftinguer cel-les de la ville d’avec celles du païs. Cette ville a été bâtie parLacédémon , qui régnoit avec Eurotas eri Laconie la 67 annéede l’Ere Attique, la 1539 avant Jesus-Christ. 11 la nommaSparte , du nom de fa femme. C’eft le véritable fentiment,quoique quelques-uns attribuent la gloire d’avoir bâti cette villeà Spartus , fils du Roi Amyclas; & d’autres à Cécrops, qu’on a.faitAudi Fondateur d’Athènes; & enfin quelques autres au Prin-ce Spartus, fils de Phoronée, Roi d’Argos, qui mourut aprèsfoixante ans de régne l’an 1782 avant J. C. Pour le nom de Mi-sitra qu’elle porte aujourd’hui, il ne -lui a été donné que fousles derniers Empereurs de Conilantinople. Cette ville eft fousle 35 degré, 26 minutes de latitude, à fix lieue's de la mer, furles bords de' l’Eurotas, rivière de Laconie. Son circuit étoitautrefois de figure ronde, félon que le décrit Polybe, qui ajoùteque fon terrain étoit inégal, & coupé par des collines : ce quiett confirmé par Strabon. Le premier de ces deux Auteurs nousen trace le plan dans fon quatrième livre ; & dans le neuvième,il lui donne 48 ftades de tour. Ces 48 ftades, revenoient, fui-vant l’opinion commune à fix mille pas géométriques, donnantà chaque itade cent vint-cinq pas , qui reviennent à fix censvint-cinq piez de la mefure de ceux que nous appelions piez deRoi. Ainfi le circuit de la ville de Lacédémone pouvoit, félon cecalcul, être d’environ deux lieues d’une heure de chemin. Ce cir-cuit étoit bien différent de celui d’Athènes, qui approchoit de 200fiades. C’elt là-deffus que Thucydide fait une fi belle remarquefur la fortune de ces deux fameufes villes, qui ont autrefois par-tagé toute la Grèce pour leurs intérêts, quand il les compare en.-femble dans le livre premier de la Guerre du Péloponnéfe. Ima-ginons-nous , dit-il, que la ville de Lacédémone J'oit rafée, & qu’il en'reftc feulement les temples le plan de fes édifices: en cet état la po-Jicrité ne Je pourroit jamais figurer que fa puijfance & fa gloire fuffentmontées au point où elles font ; mais au contraire , fi nous fuppofonsque la ville d’Athènes ne J'oit plus qu’une efplanade, fon afpeÛ nousdevroit toujours perj’uader, que fa puijfance aura été deux fois plusgrande qu’elle n’efi. Dans les premiers tems, la ville de Lacédé-mone n’avoit point de murailles, d’où Xénophon & CornéliusNépos prennent fujet de louer Agéfilaüs, de ce qu’étant ainfiouverte , il ne laiffa pas de la défendre contre Epaininondas a-près la bataille de Leuétres. Elle demeura de la forte près de800 ans, comme Lycortas de Mégalopolis en fait fouvenir lesLacédémoniens dans le 39 livre de Tite-Live. Ils confultérents’il étoit à propos de la fermer, lorsque les Perfes envahirent laGrèce. Le même Tite-Live remarque en un autre endroit quefous la domination des derniers Tyrans, on plaça des corps-de-garde dans les portes élevez de la ville, & que le terrain plat futfortifié de murailles. Juftin écrit qu’ils commencèrent à lui don-ner cette enceinte pendant la guerre que leur fit Cartander Roide Macédoine. Paufanias allure que ce fut lorsque Lacédémo-ne fut attaquée par Démétrius, & par Pyrrhus, & que ce fut leTyran Nabis qui mit ces murailles dans un état de défenfe très-avantageux : ce qui eft confirmé par Tite-Live. Plutarque té-moigne qu’enfuite Philopœmen les fit abbattre; & Paufanias rap-porte dans fes Acbaïques , que le Romain Appius Claudius les fitrebâtir bien-tôt après. Aujourd’hui la ville & le château ont cha-cun leurs murailles particulières; & Mifitra eft divifiée en qua-tre parties détachées Tune de l’autre, comme nous le dirons cy-deffous.
GOUVERNEMENT & COUTUMESdes Lacédémoniens.
La forme du gouvernement des Lacédémoniens a été fi diver-fe, & compofée de tant de fortes de Magiftrats, qui avoientchacun leurs droits abfolus, qu’il eftimpoflible de la bien défi-nir. Ils avoient deux Rois, qui étoient comme les Chefs duSénat, compofé de trente perfonnes, que leur âge autant queleurfageffe rendoient vénérables, & qui étoient nommez Géran-tes ou Vieillards ; outre cela, cinq Epbores ou Surveillons , quiétoient comme les Tribuns à Rome; (Cherchez E P H O R E S)enfin les Ecclefue, qui étoient les aflemblées générales du peu-ple : de forte qu’à regarder la dignité royale, le gouvernementtenoit de la Monarchie, (fi toutefois ce nom peut convenir aupouvoir égal de deux Rois concurrens.) A regarder la puiflancedes Gerontes ou des Sénateurs, c’étoit une Ariftoctatie, qui eftle gouvernement d’un petit nombre d’honnêtes gens; & à confi-dérer l’autorité des Ephores, qui étoient choifis tous les ansparmi le peuple, c’étoit une Démocratie, ou gouvernement po-pulaire. Pour ce qui eft du peuple, il avoit (es aflemblées gé-nérales & particulières. Tous les Habitans de la Laconie fe trou-voient aux premières ; & les feuls Citoyens de Sparte compo-foient les autres. Le droit de faire publier les aflemblées & d’ypropofer les matières, n’appartenoit qu’aux Rois & aux Géron-tes, & fur la fin il fut ufurpé par les Ephores. On y délibéroitde la paix, de la guerre, des alliances, & de l’éleftion des Ma-giftrats. Le peuple avoit une manière de donner fesfuffragestoute particulière. Pour autorifer une propofition, il faifoit degrandes acclamations ; & pour la rejetter, il gardoit le filence; &comme quelquefois un (impie murmure pouvoit être pris pourune acclamation, on évitoit l’ambiguité, en ordonnant à ceuxde Taffemblée qui tenoient une opinion, de fe ranger d’un côté,& à ceux de l’opinion contraire, de fe ranger de l’autre; ainfile plus grand nombre étant connu , décidoit la conteftation. Lepeuple étoit divifé en Tribus ou Lignées. Les principales étoientcelles des Héraclides & des Pitanates, dont Ménélas étoit iflù;
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' & celle des Egides, différente de la Tribu de ce nom à Athènes,Ce qui étoit lingulier pour la diftindtion des familles de Lacédé-mone, c’eft que le fils étoit toujours de la profeifion ou du mé-tier de fon père, comme Hérodote Ta remarqué. Les Rois desLacédémoniens s’appelloient Archagetes, d’un nom différent decelui que prenoient les autres Rois de la Grèce, comme pourmontrer qu’ils n’étoient que les premiers Magiftrats de la Répu-blique, femblables aux deux Confuls de Rome; car un des deuxRois fervoit de contrepoids à la puiflance de l’autre, & les K-phores balançoient l’autorité de tous les deux. Pendant la guer-re , leur pouvoir étoit fort étendu , mais dans la paix , il ne confi-ftoit guéres qu’à préfider aux aflemblées & aux facrifices publics.Il ne leur étoit pas permis d’époufer une femme étrangère. Lesjeunes Princes deftinez à la Couronne, étoient difpenfez de Pau-ftére éducation des enfans ; & le peuple avoit un tel refped pourfes Rois, qu’après leur mort, il leur rendoit des honneurs di-vins. Nous en donnerons plus bas la fuccelfion Chronologique.On les diftingue en quatre races, dont la dernière fe divifeeadeux branches; & ce fut feulement dans cette quatrième race,que la dignité royale commença d’être partagée entre deux Prin-ces, qui étoient iffus des deux branches. Lélex a été le premierRoi du païs, & Chef de la première race. De celle-là , la Cou-ronne parta dans la race de Lacédémon ; en fuite dans celle de Mé-nélas( d’où elle fut transférée aux Héraclides, c’eft à dire, auxPrinces de la race d’Hercule; & ce fut proprement où commençala fécondé Dynaftie, la première ayant continué dans les troispremières races. Prodès & Eurytlhéne, frères jumeaux , iffusdu fang d’Hercule, fuccédérent à leur père Ariftodéme, qui avoitufurpé le thrône de Sparte. Prodès eft appellé Patrocle par Stra-bon. Chacun de ces deux frères ayant lailfé le pouvoir royalà fes enfans, les Rois de la branche d’Euryfthéne furent appeliezAgides ou Euryflbénides ; & ceux de la branche de Prodès,Proclides, Eurytionides , ou Eurypontides. Selon le fentiment dePlutarque, le Légiflateur Lycurgue étoit de cette fécondé bran-che. Voyez fa Vie dans cet Auteur, & les conteftations de la Chro-nologie fur le tems auquel il a vécu. Confultez auffi Ton article.Ces fameufes loix, qu’on peut regarder comme un chef d'œuvrede la prudence humaine, furent formées fur celles de TIfle deCrète , & obfervées à Sparte Tefpace de fept cens ans, commenous l’apprenons d’ifocrate, en deux ou trois endroits ; & deCicéron, en l’Oraifonpour Flaccus; mais Tite-Live en marque huitcens.
Avant Lycurgue, les Lacédémoniens vivoient comme des peu-ples barbares. Ce fut lui qui commença à leur donner de l’éclat,lorsqu’étant Tuteur de Charilaüs , fils pofthume de fon frère Po-lydeéte, il eut la générofité de lui conferver la Couronne. Ildiminua pourtant le pouvoir des Rois, & modéra la licence despeuples, en établirtant un Sénat, qui tenoit le milieu entre latyrannie des uns & l’infolence des autres. Cette compagnie é-toit compofée de trente perfonnes, au nombre defquelles étoientles deux Rois qui régnoient à Sparte avec une puiflance égale.Ils pouvoient propofer tout ce qu’ils trouvoient avantageux pourle bien public. Ils avoient aufli la liberté de rompre les aflem-blées; mais il ne leur étoit jamais permis de rien conclurre, fansle confentement du peuple. Les Sénateurs ne pouvoient êtrereçus dans ce corps qu’à l’âge de 60 ans: ce qui, comme nousavons dit, les fit appeller Gerontes; & il falloit qu’ils euffentdonné pendant toute leur vie des marques de probité. Ifocratecompare leur prudence, leur gravité, & leur fonétion, à celledes Aréopagites. Platon dit qu’ils étoient les modérateurs del’autorité royale. Ariftote blâme en quelques endroits leur in-ftitution, & la loue en quelques autres. Pour les Ephores, tousles Auteurs ne demeurent pas d’accord qu’ils ayent été de l'infti-tution de Lycurgue; & quelques-uns rapportent leur création àThéopompe , un des Rois de Sparte de la quatrième race. Ilsétoient cinq, & quelques-uns ont écrit que les Romains réglè-rent fur les Ephores le nombre & l’autorité des Tribuns du peu-ple. Xénophon répréfente leur pouvoir en peu de mots. Ilsabolifloienr la puiflance des autres Magiftrats: ils pouvoient ap-peller chacun d’eux en Juftice; les mettre en prifon, fi bon leurfembloit; & leur faire rendre raifon de leur manière de vivre. Useurent Tadminiftration des deniers publics, lorsque pour le mal-heur de la République, Lyfandre y apporta les thréfors qu’ilavoit tirez de fes conquêtes. Enfin, ils ne contrebalançoientpas feulement l’autorité du Sénat ; mais ils faifoient à Sparte ceque les Rois faifoient ailleurs, réglant les délibérations du peu-ple, les déclarations de guerre, les emplois des aUnées, les trai-tez de paix, les alliances étrangères, & les récompenses, auflibien que les châtimens. Leur charge ne duroit qu’un an; & Tu-nique remède contre leur pouvoir immenfe étoit de les brouillerles uns avec les autres, comme fit adroitemenr Paufanias, lors-que jaloux des viéloires de Lyfandre, il gagna trois des Epho-res , pour fe faire donner la commiflion de continuer la guerrecontre les Athéniens. Le Roi Cléoméne, III. du nom, a été lefeul qui ait bravé le pouvoir de ces fameux Concurrens, & quiait vengé les injures du thrône: il fit égorger les Ephores, &fupprima leur autorité. Mais le doéte Meurfius reprend Cragiusavec raifon , d’avoir dit qu’ils furent exterminez pour jamais. IIprouve par des partages de Polybe, de Joféphe & de Philoftrate,qu’ils furent rétablis après la mort de Cléoméne. Enfin les E-phore's étoient fi confidérez à Sparte, que les Lacédémoniensprenoient leur nom du principal de ces Magiftrats, comme ceuxdes Athéniens le prenoient de leur premier Archonte ou Epony-me. Nous apprenons de Thucydide, au cinquième livre, queTélettion des Ephores fe faifoit vers le folftice d’hiver. Ainfi! c’étoit là que commençoit Tannée des Spartiates. Pour les au-! très Magiftrats inférieurs aux Ephores, Cragius en parle avecbeaucoup d’exaélitude, & on le peut confulter. T.es loix queLycurgue établit à Sparte, paroiffent très-raifonnables. Nous
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