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5 (1740) Lettres I - L
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L A B.

me autant de Saintes celles qui le fuivoient. Mademoifelle Schur-man cette fille fi fameufe dans la République des Lettres, crutcbo'fir la meilleure part, en fe rangeant fous fa direction. Elledevint un des Chefs les plus ardens de fa SeCte, & ce fut elle quiy entraîna la Princeffe Palatine Elizabeth, qui reçut les Difci-ples errans & fugitifs de Labadie. Cette Princeffe regardoit com-me un grand honneur de recueillir ce qu’elle appelloit la vérita-ble Eglife, & fe irouvoit heureufe de s’être détrompée d’un Cbri-flianifme mafqué, qu’elle avoit fuivi jufques-Ià. Elle élevoit juf-qu’au Ciel Labadie: c’étoit, félon elle, un homme qui parloitau cœur : il avoit parlé au fien pendant unemaladie, & lui avoitmieux fait fentir la vanité des créatures & les voyes du ciel, pardes difeours cjui couloient abondamment de fa bouche, Que lesautres Prédicateurs n’avoient fait par des Sermons étudiez. La-badie voulut s’unir avec Antoinette Bourignon, qui donnoit com-me lui dans la fpiritualité. M. de Cort, l’un des affociez de cet-te Demoifelle, avoit entrepris de deffécher une Ifle du Holftein,appellée le Koordftrand, dans le deffein d’y retirer les Difciplesde Janfénius, & ceux de Mademoifelle Bourignon. Labadiefit une étroite liaifon avec lui, afin de pouvoir trouver un afyleen ce païs-là. Mais Antoinette Bourignon n’approuva pas fon def-fein , & écrivit fur fon fujet à M. de Cort: Fous pouvez y allerfans moi; car je fens & je Jai que nous ne pourrions jamais nous ac-corder enfemble; leurs fentimens & l’efprit qui les gouverne, font toutcontraires à mes lumières cf à l’efprit qui me gouverne. C’eft: ainfique deux fanatiques, qui s’imaginoient chacun en particulier,être immédiatement conduits par le Saint Efprit, croyoient ce-pendant être gouvernez par des efprits différens. En quoi ilserraient ; car comme ils s’abandonnoient aux faillies d’une ima-gination échauffée qui peut fe diverfifier à l’infini, l’un devoitnéceffairement aller à droite, pendant que l’autre tournoitàgau-che. Les Sectateurs de Labadie, qu’on nomma Labadifies, de-vinrent fi nombreux, & tant deperfonnes de l’un & de l’autre fexeabandonnèrent l’Eglife Réformée pour fe joindre à iui, que lesEglifes Françoifes des Provinces-Unies penférent tout de bonaux moyens d’arrêter le cours d’une déifertion, qui augmentoitde jour en jour. Mais lorsqu’elles fe difpofoient à attaquer La-badie, lui-même s’avifa d’attaquer M. de Wolzogue fur fon li-vre de l ’Interprète de l’Ecriture , contre lequel plufieurs Théolo-giens s’étoient déjà foulevez, & dont il follicita la condamna-tion avec beaucoup de chaleur au nom de l’Eglife de Middel-bourg. L’affaire fut jugée dans un Synode tenu à Naerden , oùM. de Wolzogue fut unanimèment déclaré Orthodoxe, l’Eglife deMiddelbourg cenfurée , £? Labadie condamné à confeffer à la face duSynode, & en préfence de M. de Wolzogue, qu’il avoit eu tort del'accufer & qu’il en avoit un fngulier déplaijir. Labadie ayant ap-pris la téneur de ce Jugement, ne voulut point l’entendre pro-noncer; & de peur qu’on ne le lui lignifiât, il partit fecrettementde Naerden. De retour à Middelbourg, il aigrit tellement fonEglife contre le Synode , qu’elle menaça d’un Schifine dansles formes. Plufieurs Synodes tâchèrent par leurs dédiions decouper la racine du mal ; mais Labadie refufoit de comparoîtredans les uns, conteftoit l’autorité des autres, & appelloit desSentences définitives qu’ils prononçoient contre lui. Il préten-doit que les Loix des Compagnies Eccléfiaftiques ne pouvoientlier les confciences ; que ce feroit ramener le Papifme dans laRéforme, que de leur attribuer une autorité fuprême ; & que cesAffemblées ne pouvant mefurer les ebofes qu’au compas humain, ondonnoit un Compagnon à l’Ecriture , en faifant de leurs dédiionsune Régie de Foi. Enfin le Synode nomma des Commiffaires,pour aller à Middelbourg terminer cette affaire. Us s’y tranf-portérent; mais le peuple fe fouleva contre eux, s’empara du lieude l’Affemblée, & ferma les portes de l’églife , afin qu’on ne pûty entrer. Le Magiftrat foutint Labadie, & les Etats de la pro-vince fe contentèrent de propofer un accommodement, que La-badie, qui vouloit profiter de la foibleffe des uns & de la cha-leur des autres , rejetta fièrement. Les Etats irritez de fon refusconfirmèrent la Sentence prononcée par les Commiffaires, luidéfendirent auifi-bien qu’à Yvon fon Difeiple, de prêcher, &aux Imprimeurs de publier aucun Ecrit defavantageux à l’un ouà l’autre des deux Partis ; & parce que Labadie crioit à l'injufti-ce de ce qu’il avoit été condamné f?ns avoir été oui , on ren-voya la décifion au Synode, qui devoit fe tenir à Dordrecht, &auquel il feroit obligé de comparoître. Ce Synode dépofa La-badie , & ne lui tailla efpérer de grâce qu’à la faveur d’une re-pentance éprouvée, qui ne vint jamais. Au contraire il fe fitfuivre à Middelbourg par une foule de Dévots & de Dévotes, a-vec lefquels il alla en triomphe forcer les portes de l’églife ; a-près quoi il prêcha & diftribua la Communion à ceux qui l’a-voient fuivi. Les Bourguemeftres, qui craignirent les fuitesd’une entreprife fi hardie, lui envoyèrent aufli-tôt un ordre defortir de leur ville, & du reliort de leur JurifdiCtion. Il obéît& fe retira à Ter-Veer, ville voifine, où il avoit de zélez Secta-teurs , qui lui tendirent les bras. C’étoient de riches Négocians,qui s’y étoient réfugiez, & qui y attiroient un gros commerce.Us le reçurent avec joye, & lui procurèrent la protection du Ma-giftrat. Les Etats de Zélande réfolus enfin de tirer Labadie defon fort, ordonnèrent qu’il fût chaffé de la province. Le Ma-giftrat de Ter-Veer prit fon parti contre les Etats, & allégua troisraifons en fa faveur; l’une, que cet homme, qui vivoit paifi-blement dans leur ville, n’avoit rien fait qui méritât le banniffe-ment; l’autre qu’il fuffifoit qu’on lui eût fermé la bouche parl’interdiétion des Prédications publiques ; & la dernière qu’oncraignoit la populace, qui ne permettrait pas fans émotion, qu’onleur enlevât un homme d’une fi grande édification. Cette Pro-vince fut obligée d’avoir recours au Prince d’Orange , qui étoitMarquis de Ter-Veer; & ce Prince ordonna à Labadie d’obéir, &défendit à tous les Habitans de lui donner retraite. Celui-ci re-prit d’abord le deffein des’affocier avec Mademoifelle Bourignon

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dans le Noordftrand ; mais elle ne le trouva pas affez myftique,pour en faire fon Collègue, ni afl'ez fouple pour le mettre aunombre de fes Difciples. Ne pouvant réiiflir de ce côté-là, ilforma un petit établiffement entre Utrecht & Amfterdam, où iiavoit une Imprimerie, de laquelle font fortis plufieurs de fe*Ouvrages. Le nombre de fes SeCtateurs s’augmenta depuis, &feroit devenu très-grand fans la défertion de quelques-uns de fiesDifciples, qui publiant l’IIiftoire de fa vie privée fffa maniéréd’enfeigner, n’oubliérent pas d’inftruire le public des familiaritezqu’il prenoit avec fes Dévotes, fous prétexte de les unir plusparticuliérement à Dieu. 11 envoyoit de fa retraite fes Apôtresdans les grandes villes de Hollande, afin d’y faire des Profélytesdans les maifons riches ; mais le fuccès ne fut pas d’abord affezgrand pour le garantir de chercher un lieu, où il pût vivre fanscraindre la famine. U paffa à Erfurt, d’où la guerre le chaffa, &l’obligea de fe retirer à Altena dans le Holftein. Ce fut en celieu qu’attaqué d’une colique violente, il mourut l’an 1674 en-tre les bras de Mademoifelle Schurman , qui, comme une Com-pagne fidèle, l’avoit fuivi par tout. 11 étoit alors âgé de 64 ans.D’autres difent qu’il fe retira à Wivert, Seigneurie de l’rife, ap-partenante à la Maifon de Sommersdyck, où quatre Demoifellés decette famille, toutes quatre fœurs, lui donnèrent retraite, & y for-ma une petite Eglife qu’ils nommoient l’Eglife de Jesus-Christretirée du monde. On a de lui les Ouvrages fui vans, La Prati-que des deux Oraifons mentale £? vocale; Lettre d’adieu à l’Eglife d’O-range; jugement charitable fur l’état préfent des Juifs; Déclarationde Jean Labadie contenant les raifons qui l’ont obligé à quiter la Com-munion de l’Eglife Romaine pourfe ranger à celle de l’Eglife Réformée;Triomphe de l’Euchariflie, ou Ja vraye doiïrine du Saint Sacrement ;Les divins Hérauts de la Pénitence au monde; Le véritable Exor cijme,ou l’unique effectif moyen de cbaffer le Diable du Monde Chrétien; L’I-dée dé un bon Pafteur; La Aéformation de l’Eglife par le Pajhrat;Le Héraut du grand Roi Jefus; L'arrivée Apojtolique aux Eglifes ;L’ïdée d’une bonne Eglife; Manuel de piété; Le Difcornement d'unevéritable Eglife fuivant l’Ecriture Sainte ; La PuiJJance Eccléfaflique,bornée à l’Ecriture & par elle ; Traité Eccléjiaftique félon les fentimensde Jean Labadie, de l’Exercice Prophétique, félon S. Paul, I. Co-rinth. ch. 14. fa liberté, fon ordre fa pratique; Points fondamen-taux de la vie vrayement Chrétienne ; Le Chant Royal du Roi Jefus-Cbrifl ; Abbrégè du véritable Chrijlianifme Théorique & Pratique ;Les■ Entretiens d’efprit du jour Chrétien ; Lesfaintes Décades des Qua-trains de piété Chrétienne, touchant la connoiffance de Dieu, fon Hon-neur , fon Amour, l’union de l’ame à lui ; L’Empire du Saint Ejpritfur les âmes; Apologie pour les Eglifes Wallonnes de Middelbourg c?de Rotterdam ; Le Rénoncement à foi meme pour fe donner entièrementà Dieu; Traité de foi, ou le Renoncement à foi même pour la petiteEglife; Fragment de quelques Poëfies & J'enthnens d’efprit de M. La-badie ; Traétatus de Sabbatho ; Confutatio Quakerifmi ; Veritas futVïndex, feu folemnis Declaratio Fidei Joannis de Labadie, Pétri TvonPétri du Lignon ; JuJlum Judicium de jufta Bonorum a Malis ,quod ad Communionem Ecclejiajlicam fpeStat, Seceffione, fous le nomtde Daniel Jonas Béda ; Cenfura libri de Interprète Scripturarum. *Le Père Niceron, Mémoires pourfervir à l’Hifloire des Hommes II-lufires, tome 1 S.p. 386—411.

L A B A N, Défert au delà du Jourdain, où Moïfe récita leDeuteronome aux Ifraëlites, & dont il eft parlé, ch. 1. v. 1,Quelques-uns veulent que ce lieu foit le même que Libna, quifut le dix-feptiéme campement des Ifraëlites ; d’autres le pren-nent pour un lieu tout différent, fur quoi on peut confulter lesInterprètes, & en particulier Jean le Clerc fur ce premier verfetdu Deuteronome.

I. A B A N, fils de Bathucl ou Béthuel, qui l’étoit de Nachor,étoit frère de Rébecca, qu’il donna l’an 2179 du monde, &1856 avant Jesus-Christ, à Eliézer domeltique d’Abraham, pourêtre femme d’Ifaac. 11 demeuroit dans la Méfopotamie de Sy-rie où il poffédoit de grands biens, & avoit deux filles, Lia ouLéa&Rachel. Jacob fils d’Ifaac, fervit fept ans pour avoir cet-te dernière en mariage; mais quand ce tems fut écoulé, Labanqui ne pouvoit fouffrir que fa fécondé fille fût mariée avant l’aî-née , envoya le foir Lia au lieu de Rachel, & fit que Jacob, fansle favoir , la prit pour fa femme,* l’an 2283 du monde, & 1752avant J. C. Laban obligea Jacob de fervir encore fept ans pourRachel. Enfin après ce tems, Jacob y ayant encore demeuré fixans, & voyant que fon beau-pére s’oppofoit à fon départ, for-tit de chez lui fans lui dire adieu , & emmena avec lui tout cequi lui appartenoit. Laban fut averti d’un départ fi foudain ; &apprenant qu’on lui avoit emporté fes idoles, il poufuivit Jacobavec une étrange colère, l’an 2296 du monde, & 1739 avant Je-sus-Christ. Les remontrances de Jacob & l’entretien qu’il eutavec ce Patriarche, diffipérent fes chagrins & le portèrent à feréconcilier avec Jacob fon gendre, à faire alliance avec foi, &àlui permettre de continuer fon voyage. * Genéfe , ch. 24. v. 29.cb. 29. &31.&C. Salian &Tornicl, in Annal. Vet.Teflam. Jofé-phe, Antiq. Judaïq. I. 1.

L A B A N A, ville. Voyez L O B N A.

LABARUMouLABORUM, Enfeigne militaire que lesRomains portoient depuis Conftantin le Grand. Ce Prince venoicattaquer le Tyran Maxence, qui avoit de plus fortes troupes quefoi; mais Dieu, pour l’affurer de la protection particulière qu’ilfoi vouloit donner, fit paroître dans le ciel une croix lumineufeformée de la lettre Gréque X, Chi, renverfée en forme de croixquarrée , & de la lettre Gréque P , Rbo , qui furmontoi? lalettre X, autour de laquelle on voyoit ces mots Grecs, ’EN TOTT.fi.NIKA, c’eft à dire, Vaincs par ceci. Conftantin n'entendit pas d’a-bord ce que fignifioit cette apparition; mais la nuit fuivante Jesus-Ci-irist foi apparut, & foi commanda de faire un étendart militaire,de la même forme qu’il l’avoit vu le jour précédent, & de le por-ter déformais dans fes armées au jour du combat, s’il vouloit êtrevictorieux. Le lendemain ii dit à fes Confidens ce qu’il avoitA z VU,