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5 (1740) Lettres I - L
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teot, qu’il l’engagea, à aller s’établir dans fon Diocéfe, & luidonna pour qsla un Çanauiçat d e fa.Cathéd.rale, Labadie acce-pta d’autant plus volontiers ce polie, qu il fe voyoit expofé aParis à quelques traverfes, pour avoir débité dans fes Sermonsfur la Grâce, fur la Prédeilination, fur la Pénitence, &c. les mêmesmaximes, qui avoient fait mettre l’Abbé de S. Cyran au châteaude Vincennes. Il s’érigea là en Directeur de confciences, & fevit bien-tôt à la tête d’un nombreux troupeau de Dévotes. Maisoa-prétend .qu’ayant commencé parl’efprit, il finit, comme iln’a rive que trop fôuyent, par la chair, & que les intrigues a-moureufes qu’il eut dans un monaftére de Filles ayant été décou-vertes, il fut obligé de chercher une retraite ailleurs. Il choifitcelle de Port-Royal, mais il n’y demeura pas long-tems; parceque les Solitaires, qui y demeuraient, étoient trop éclairez,pour s’en laiffer impofer. Il paffa de là à Bazas, & enfuite àTouloufe, où le fameux M. de Montchal, qui en étoit Arche-vêque, lui confia la direétion d’un couvent de Religieufes duTiers-Ordre de S. François, aufquelles il apprit qu’il falloit fefouvenir deux ou trois fois la femaine, de l'Etat d’innocence. Illes faifoit pour cela dépouiller toutes nues, & prêchoit auffidans cet état de nudité à huis clos, afin d’imiter Eve & Adam.Un des grands principes de fa dévotion étoit de ne fe point in-quiéter des mouvemens du corps, pourvu qu’on tournât dès lematin fa première penfée du côté de Dieu; parce que là où eJU'E-fprit de Dieu, là ejl la liberté. Cette maxime qu'il avoit toûjoursfoin de bien inculquer aux Religieufes qu’il dirigeoit, l’autori-foit a faire des épreuves criminelles fur elles, & à cenfurer cel-les qui faifoient quelque réfittance, en leur difant que leur cœurn’étoitpas encore allez fpirituel, ni fixé du côté de Dieu. Beau-coup de Religieufes s’accommodèrent de cette direétion ; maisl’Evêque, qui en fut informé, & qui en craignit les fuites, di-fperfa en divers couvens cellesqui s’étoientlailfé féduire , pourles mieux inftruire. Labadie accoutumé à fuir des lieux, où faméthode de diriger n’étoit pas goûtée, fe retira dans un Hermi-tage de Carmes à la Graville, & y commença, comme ailleurs,par la dévotion. Il dit qu’il avoit une vocation céleite pourprendre l'habit de cet Ordre, & fous prétexte de cette vocation,il le prit lui même , au lieu de le recevoir de la main du Su-périeur. Mais comme il étoit fufpect à l’Evêque de Bazas, quil’avoit fait pourfuivre, il fe cacha fous le nom <je Samt- Jean deCbrijl. Il prêchoit que l’habit des Carmes étoit celui d’Elie;qu’il l’avoit pris, parce qu’il en avoit l’efprit & le miniftére,puisque Dieu le dellinoit au rétabliffement du Régne de Grâce,lequel fe devoit faire avant l’an 1666 , où le monde finirait.Quelques Carmes entêtez de la fainteté & de l’antiquité de leurhabit, regardoient Labadie, qui en parloit fi avantageufement,comme un homme céleite, & l’appelloient leur Jàint Père; il y eneut même d’affez fimples pour croire recevoir non feulementle Saint-Efprit, mais encore l’autorité de le donner aux autres,lorsqu’il foufïloit fur eux. L’entêtement alla fi loin, que l’Evê-que de Bazas étant allé avec main forte à la Graville pour le fairearrêter, le Supérieur & les Moines de cet Hermitage réfuférentde lui parler , & donnèrent à celui qu’il pourfuivoit, le tems &les moyens de fe fauver. L’Evêque les voyant 11 infatuez de cethomme, fut obligé de les faire enlever de leur Solitude, & deles faire tranfporter chez lui, pour les défabufer; & il les y re-tint jufqu’à ce que les ayant fait revenir de leur prévention, ilslui révélèrent une infinité de folies, que ce faint Père leur avoitfait faire , & qui étoient prefque toutes lafeives. Labadie defe-fpérant de faire des Difciples chez les Catholiques, parce qu’il yétoit trop connu, fe rétira à Caftets dans le château du Comtede Favas, qui faifoit profeflion delà Religion Réformée. CeGentilhomme croyant bonnement qu’un homme, qui avoit étéJéfuite, Janfénifte, Carme folitaire, Millionnaire, & dévot,ferait une grande conquête pour fon Egljfe, le fit conduire àMontauban , où il fut reçu à bras ouverts. Au lieu de s’aifurerpar une longue épreuve des mœurs & de la Religion d’un hom-me que ces différentes profelfions dévoient rendre fufpeét, cetteEglife le prit pour fon Pafteur avec trop de précipation, & il yexerça le Miniftére pendant huit ans. Quoiqu’il choquât dansce polie les Sages par fes Sermons fatyriques, il ne laiffa pas defe foutenir par le crédit des Dévotes qu’il avoit enchantées, lesunes par l’efprit, & les autres parla chair. 11 tâcha d’introduiredans le fein de la Réformation , ce qu’on appelle la Jpiritualité (fil’OraiJ'on mentale. Il publia pour cet effet trois petits livres, qu’ilcompofa exprès pour en prouver l’excellence & la nécelfité.Mais la tentative qu’il fit fur la pudicité de Madcmoifelle de Ca-longes, lui fit perdre l’eftime & la proteétion des perfonnes pourlefquelles il écrivcit. Voici le fait tel qu’il eft rapporté par M.Bayle. Après avoir dreffécette Demoifelleàla vie fpirituelle, qu’ilfaifoit confifter dans un recueillement intérieur, & dans un dé-tachement abfolu des objets fenfibles, il lui marqua un point deméditation, & lui ayant fort recommandé de s’appliquer touteentière pendant quelques heures à ce grand objet, il s’approchad’elle, lorsqu’il la crut le plus recueillie, & lui mit la main furle fein. Elle le repouffa brufquement, lui témoigna beaucoupde furprife de ce procédé, & fe préparait à lui faire des cenfureslorsqu’il la prévint. Je vois bien, ma fille, lui dit-il, fans être,déconcerté, & avec un air dévot, que vous êtes encore bien éloignéedelà perfeüion : reconnoiffez humblement vôtre faible [fe, &demandezpardon à Dieu d'avoir été fi peu attentive aux myfiéres que vous de-viez méditer. Si vous y aviez apporté toute l’attention nécejjaire ,vous ne vous fuffiez pas apperçue de ce qu'on faifoit-à votre gorge.Mais vous étiez fi peu détachée des fens, fi peu concentrée avec la Di-vinité , que vous n’avez pas été un moment à reconnaître que je voustouchais, fe voulais éprouver, fi votre ferveur dans l’Oraifon vousdevait au deffus de la matière, §? vous uniffoit au fouverain Etre, lavive fource de l immortalité & delà Jpiritualité, & je vois avec beau-coup de douleur , que vos progrès font très-petits; vous n’allez que ter-

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re à terre. Que cela vous donne de la ctnfufim, ma fille, g 5 vous.porte à mieux remplir les Jàints devoirs de la prière mentale. Made-moifelle de Calonges, qui avoit autant de bon fens, que de ver-tu , ne fut pas moins indignée de ces paroles que de l’aétion deLabadie, & rompit entièrement avec lui. Bayle en rapportantce fait, avertit qu’il ne le garantit pas, & M. Bernard, qui lerapporte après lui dans la Republique des Lettres, paroît en dou-ter ; mais M. Bafnage affûre qu’il le tient de la Demoifellc mêmeà qui il l’a entendu rapporter plus d’une fois, & qui ne parloit ja-mais qu’avec horreur de la faufle dévotion de Labadie. 11 futenfuite accufé à la Cour, d’avoir excité une fédition pour uncadavre. 11 s’agiffoit du corps mort d’une femme que le Curé deMontauban vouloit enterrer dans fon cimetière, parce qu’elleavoit changé de Religion. Labadie lui difputa ce corps & armafes partifans. L’affaire ayant été portée à la Cour, le cadavrefut adjugé au cimetière Catholique; & Labadie condamné com-me féditieux a quitter l’Eglife de Montauban. Son exil caufaune divifion affreufe. D’Arbuffy, fon Collègue, fut accufé d’a-voir contribué à fa condamnation par un efprit de jaloufie. 11fe forma deux partis dans la ville, qui étoit prefque toute de laReligion Réformée, celui des Margajats, & celui des Ciquelers .Ils en vinrent aux dernières extrémitez , & comme les deuxChefs de parti étoient d’un mauvais caraftére, ils furenl égale-ment dételiez de ceux qui les avoient foutenus avec trop de cha-leur. Labadie cbaffé de Montauban, alla chercher un afyie àOrange; mais n’y ayant pas trouvé autant de fûreté, qu’il fe l’é-toit imaginé, il fe retira fecrettement à Genève au mois de juin1659. ün le regretta fort à Orange, où il s’étoit fait moins con-noître qu’ailleurs, & où fes manières dévotes, & fes prédica-tions en avoient impofé. Il ne fut pas long tems à Genève, fansy caufer de grandes émotions. On fe divifa à fon fujet en deuxpartis, dont l’un bâtit une grande maifon, où il y avoit des cel-lules pour ceux qui charmez de lui le fuivoient aveuglément, &l’autre cherchant à l’éloigner, trouva le moyen de le faire ap-peller en 1666 à Middelbourg. Il s’y rendit cette même année& commença à y répandre encore plus particuliérement qu’il n’a-voit fait jufques-Ià tous fes Dogmes. Voici en abbrégé ceux quilui étoient propres. 1. Il croyoit que Dieu pouvoir & vouloittromper les hommes, & qu’il les trompoit effeélivement quel-quefois. Il alléguoit en faveur de cette opinion divers exemplestirez des Livres Sacrez ; entre autres celui d ’Acbab, à qui Dieuenvoya un efprit de menfonge pour le féduire. 2. 11 ne regar-doit pas l’Ecriture Sainte, comme abfolument néceffaire pour laconduite des âmes au falut, parce que félon lui, le S. Efprit a-giffoit immédiatement fur elles, & leur donnoit de nouveauxdegrez de révélation; & que lorsqu’une fois on étoit frappé decette lumière toute divine, on pouvoit tirer des conféquences,qui menoient à la parfaite connoiffance de la vérité. Il croyoitmême qu’en lifant cette Ecriture, il falloit être moins attentif àl’explication des mots & du texte, qu'à l’infpiration intérieuredu S. Efprit. 3. Quoiqu’il convînt que le IHtême eft un fceaud l’alliance, qu’on pouvoit conférer aux enfans naiffans dansl’Eglife, il ne laiffoit pas de dire qu’on aurait dû le différer jufqu’àun âge avancé, puisqu’il étoit une marque qu’on étoit mort anmonde & reffufeité en Dieu. 4. Il mettoit cette différence en-tre l’ancienne & la nouvelle alliance, que l’une étoit charnelle,chargée de cérémonies, accompagnée de bénédiftions temporel-les, & que les médians y entraient comme les bons, pourvuqu’ils defeendiffent d’abraham. Mais l'alliance nouvelle n’ad-mettoit, difoil-il, que des hommes fpirituels, elle délivrait dela Loi, de fa malédidion , de fes cérémonies, & mettoit l’hom-me dans une parfaite liberté. 5. Il regardoit l’obfervation dujour du repos comme une chofe indifférente, & il difôit queDieu n’avoit pas préféré un jour à l’autre. Il fondoit cette opi-nion fur un partage de 6’. Luc, que Béze avoit trouvé dans uuManufcrit, & qu’il avoit inféré dans fes Notes fur le NouveauTeftament. Cette Addition porte que J. C. voyant un homme,qui travailloit le jour du Sabbat, lui dit, Tu es heureux, Ji tuJais ce que tu fais : mais Ji tu l’ignores, tu es méchant (fi transgref-J'eur de la Loi. Labadie concluoit de là que J. C. avoit laiffé uneentière liberté de travailler, pourvu qu’on le fît dévotement &avec connoiffance, & il blâmoit Béze de ce qu’il n’avoit pointinféré cette addition dans le texte, d’où elle aurait paffé danstoutes les Verfions. 6. 11 diftinguoit deux Eglifes, l’une où leChriftianifme avoit dégénéré, & l’autre compofée de Régénérez,qui avoient renoncé au monde ; & il croyoit que ]. C. viendroitrégner mille ans fur la Terre, & qu’il convertiroit véritablementles Juifs, les Gentils, & les mauvais Chrétiens. 7. Ildifoitquel’Euchariftie n’étoit que la Commémoration de la mort de J. C.& qu’encore que les lignes ne fuffent rien ( . eux-mêmes, on nelaiffoit pas d’y recevoir fpirituellement J. C. lorsqu’on y partici-poit comme on doit. 8. 11 enfeignoit que la vie contemplativeétoit un état de grâce & d’union divine pendant cette vie, lecomble de la perfection, & le fommet de la montagne Clorétienne, fiélevé qu'il touche les nues, (fi atteint de près le Ciel ; 9. Que l’hom-me , dont le cœur eft parfaitement content & calme, jouît à de-mi de Dieu, s’entretient familièrement avec lui, & voit en luitoutes chofes; qu’il prend toutes les chofes d’ici iras avec indif-férence , voyant fous lui le monde, & ce qui s’y paffe, fa mu-tabilité ne l’atteignant pas, & tous les orages aufquels ce mondeeft fujet fe formant fous fes piez, comme la pluye & la grêle feforment fous la cime des montagnes-, & laiffent régner fur leurhauteur un calme confiant & une paix parfaite; ro. Que l’on par -venoità cet état par l’entière abnégation de foi-même, parlamor-tification des fens & de leurs objets, & par l’exercice de l’Orai-fon mentale. Ce fut à la faveur de cette Tpiritualité & d’une fé-vérité apparente de mœurs, que Labadie s’aquit en peu de temsbeaucoup d’autorité. On regardoit comme autant de Mondainsvendus au fiécle préj'ent ceux qui le taxoient d’hypocrifie, & com-me