Il4 N O U V E X X E S EXPÉRIENCES
sous l’angle de 4 5 degrés. Elles eussent été d’un à deux mille (i), et,au bout d’une aussi grande distance , le point de chute de nos bouletsauroit été difficilement aperçu sur terre. Nous avons songé à tirer surl’eau, la chute des boulets s’y apercevant beaucoup mieux. Mais uneautre difficulté se présentoit pour avoir la mesure exacte de la portée,c’est que l’impression faite par le boulet sur la surface de l’eau nedure qu’un instant. La situation de Woolwich sur le bord de la Tamisenous a fourni le moyen de vaincre cette difficulté, en même tempsqu’elle nous a mis à même d’essayer des portées assez étendues. Au-dessous de Woolwich, la rivière fait un coude sensible, après lequelelle s’étend, à peu près en ligne droite , l’espace d’environ un mille etdemi. Nous avons commencé par lever un plan exact des deux rivesjusqu’au-delà de la longueur présumée de nos portées , et nous avonsreconnu aussi sur chacune de ces deux rives des points convenables, poury placer des observateurs qui pussent remarquer le point où les bouletstoucheroient l’eau, et tenir compte en même temps du temps qu’ilsemploieroient pour venir de la pièce dont ils verroient partir le coup ,jusqu’au point de chute. Voici comment on s’y est pris pour observerce dernier point. Deux bandes d’observateurs , composées chacune detrois ou quatre jeunes gens attentifs et intelligens , choisis dans les élèvesde l’académie de Woolwich, prenoient poste à quelques-uns des pointsreconnus sur chacune des deux rives de la Tamise , selon la longueurprésumée des portées. Là ils avoient soin d’observer avec exactitude lemoment du coup de canon ; suivant ensuite, pour ainsi dire , le bouletdans l’air , au moyen du sifflement qu’il y faisoit entendre , leurs yeuxse dirigeoient naturellement vers le point où il alloit tomber , et il arri-voit bien rarement qu’ils ne l’aperçussent pas. Dès qu’ils l’avoient vu,les uns prenoient note du temps de la portée, au moyen d’une bonnemontre à secondes , pendant que d’autres fixoient, sur la rive qui leurétoit opposée, quelqu’objet remarquable sur l’alignement du point oùle boulet avoit touché l’eau. Ils y dirigeoient la lunette ou l’alidaded’un graphomètre ou d’une planchette , et en marquoient la position surle plan. La même opération se faisant sur les deux bords opposés dela riviere , l’intersection de ces lignes de direction que l’on cherchoit
(i) Le mille est de 1760 yards, et le yard est de 3 pieds ; le tout mesures anglaises.