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2 (1863)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

physique elle possédait encore une certaine gaucherieou raideur qui était bien de son pays et de son culte.

Quand la belle dame s’aperçut qu’avec ses importu-nités elle en était pour ses frais, elle fit ce que font lesfemmes en pareil cas : elle se jeta corps et âme diyisl'opposition, déclama contre l’empereur, contre sa do-mination brutale et peu galante, et pérora tant et si hautque la police finit par lui envoyer ses passe-ports. Elle seréfugia alors chez nous en Allemagne, où elle se mit àrassembler des matériaux pour ce livre fameux qui devaitcélébrer le spiritualisme allemand comme l’idéal de toutemagnificence, par opposition au matérialisme français,qui se résumait dans le chef de l’Empire. Chez nous, enAllemagne, elle fit d’abord une grande trouvaille : ellerencontra un savant du nom d’Auguste-GuillaumeSchlegel. C’était là le génie sans sexe. Celui-ci devint sonfidèle cicérone, et il l’accompagna, pendant son voyage,dans toutes les mansardes de la littérature allemande.Elle s’était affublée d’un énorme turban, et cette coiffuredevait l’annoncer comme la sultane de la pensée. Ellepassa nos savants pour ainsi dire en revue, parodiantainsi le grand sultan de la matière ; et comme celui-ciabordait les gens avec ces questions brèves et sou-daines : a quel âge avez-vous ? êtes-vous marié ? combiend’enfants avez-vous? combien d’années de service? etc.,»de même madame de Staël demandait brusquement ànos savants : «quel âge avez-vous? êtes-vous kantien oufichtéen? qu’est-ce que vous pensez des monades de