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ŒUVRES DE I1EK RI HEINE.
moins immolé des bœufs, souvent par centaines, au piedde son autel. Mon père m’assurait qu’on y voyait encorela cuve de marbre où l’on avait recueilli le sang des vic-times, et que c’était précisément l’auge où je faisaisboire souvent à mes cochons l’eau de pluie qui s’y étaitamassée, et où je conservais aussi les épluchures quemes animaux dévoraient avec tant d’appétit.
Quand le jeune marin eut parlé ainsi, le vieillard poussaun profond soupir qui trahissait la plus poignante dou-leur; il s’affaissa et retomba sur son siège de pierre, et,se cachant le visage dans ses deux mains, il se mit àpleurer comme un enfant. L’oiseau à son côté poussades cris terribles, déploya ses ailes énormes, et menaçales étrangers de ses serres et de son bec. La vieillechèvre fit entendre des gémissements et lécha les mainsde son maître, dont elle semblait vouloir apaiser les cha-grins par ses humbles caresses. A cet aspect, un singulierserrement de cœur s’empara des marins ; ils quittèrentla cabane en toute hâte, et ne se sentirent à l’aise quelorsqu’ils n’entendirent plus les sanglots du vieillard, lescroassements du vilain oiseau et les bêlements de lavieille chèvre. Quand ils furent de retour à bord de leurvaisseau, ils y racontèrent leur aventure. Parmi l’équi-page se trouvait un savant qui déclara que c’était là unévénement de la plus haute importance. Posant d’un airsagace l’index de sa main droite à l’une de ses narines,il assura les marins que le vieillard de l’ile des Lapinsétait, sans aucun doute, l’ancien dieu Jupiter, fils de