DE L’ALLEMAGNE.
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« Bons chrétiens, ne vous laissez pas envelopper dans les filets deSatan; c’est pour édifier votre àme que j’entonne la chanson duTannliæuser.
« Le noble Tannliæuser, ce brave chevalier, voulait goûter amourset plaisirs, et il se rendit à la montagne de Vénus, où il resta septans durant.
« 0 Vénus, ma belle dame, je te fais mes adieux. Ma gra-cieuse mie, je ne veux plus demeurer avec toi; tu vas me laisserpartir.
«—Tannliæuser, mon brave chevalier, tu ne m’as pas embrasséeaujourd’hui. Allons, viens vite m’embrasser, et dis-moi ce dont tui as à te plaindre.
« N’ai-je pas versé chaque jour dans ta coupe les vins les plusexquis, et n’ai-je pas chaque jour couronné ta tète de roses?
« — 0 Vénus, ma belle dame, les vins exquis et les tendres bai-sers ont rassasié mon cœur ; j’ai soif de souffrances.
« Nous avons trop plaisanté, trop ri ensemble ; les larmes me fontenvie maintenant, et c’est d’épines et non de roses que je voudraisvoir couronner ma tête.
« — Tannliæuser, mon brave chevalier, tu me cherches noise; tum’as pourtant juré plus de mille fois de ne jamais me quitter.
«Viens, passons dans ma chambrette; là nous nous livrerons àd’amoureux ébats. Mon beau corps blanc comme le lis égaiera tatristesse.
« — 0 Vénus, ma belle dame, tes charmes resteront éternelle-ment jeunes; il brûlera autant de cœurs pour toi qu’il en a déjàbrûlé.
« Mais lorsque je songe à tous ces dieux et à tous ces héros quetes appas ont charmés, alors ton beau corps blanc comme le liscommence à me répugner.
« Ton beau corps blanc comme le lis m’inspire presque du dégoût,quand je songe combien d’autres s’en réjouiront encore.
« — Tannliæuser, mon brave chevalier, tu ne devrais pas meparler de la sorte; j’aimerais mieux te voir me battre, comme tul’as fait maintes fois.
« Oui, j’aimerais mieux te voir me battre, chrétien froid et ingrat,