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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
statue, il est appuyé sur son grand sabre de bataille ;mais sa tête blanche comme la neige tremblote tou-jours, et vous avertit tristement des dangers voluptueuxqui vous attendent. Il y en a qui s’en effraient à temps;d’autres n’écoutent point la voix chevrotante du fidèleEckart, et se précipitent éperdument dans l’abîme desjoies damnées. Pendant quelque temps, tout marche àsouhait; mais l’homme n’aime pas toujours à rire : parfoisil devient silencieux et grave, et pense au temps passé,car le passé est la patrie de son âme. Il se prend à regret-ter cette patrie, il voudrait de nouveau éprouver les sen-timents d’autrefois, ne fût-ce que des sentiments dedouleur. Voilà ce qui arriva au Tannhæuser, au rapportd’une chanson qui est un des monuments linguistiquesles plus curieux que la tradition ait conservés dans labouche du peuple allemand. J’ai lu cette chanson pourla première fois dans l’ouvrage de Kornmann. Prétoriusla lui a empruntée presque littéralement, et c’est d’aprèslui que les compilateurs du Wunderhorn l’ont réimpri-mée. Il est difficile de fixer d’une manière positive l’épo-que à laquelle remonte la tradition du Tannhæuser. On laretrouve déjà sur des pages volantes des plus ancienne-ment imprimées. Il en existe une version moderne,qui n’a de commun avec le poëme original qu’une cer-taine vérité de sentiment. Comme j’en possède sans nuldoute le seul exemplaire, je vais publier ici ce Tann-hæuser modernisé :