DE LALLEMAGNE.
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que j’occupais. ■— II venait d’achever son grand ou-vrage sur la magnificence du christianisme; mais, loinde paraître satisfait de son œuvre, il regardait son ma-nuscrit avec mélancolie.
— Ton nom, m’écriai-je, va donc enfin figurer sur lecatalogue des livres qui ont paru à la foire de Leipzig?
— Oh! non, me répondit-il en poussant un profondsoupir; je vais me voir forcé de jeter au feu cet ouvragecomme les autres...
Puis il me confia son terrible secret : chaque fois qu’ilécrivait un livre, il était frappé du plus grand malheur.Quand il avait épuisé toutes les preuves en faveur de sathèse, il se croyait obligé de développer également toutesles objections que pourrait faire valoir un adversaire. Ilrecherchait alors les arguments les plus subtils sous unpoint de vue contraire, et comme ceux-ci prenaient àson insu racine dans son esprit, il advenait que, son ou-vrage achevé, ses idées s’étaient peu à peu modifiées, età tel point qu’elles formaient un ensemble de convictionsdiamétralement opposées à ses opinions antérieures;mais alors aussi il était assez honnête homme pour brû-ler le laurier de la gloire littéraire sur l’autel de la vé-rité, c’est-à-dire pour jeter bravement son manuscrit aufeu. — Voilà pourquoi il soupira du plus profond de soncœur en songeant au livre où il avait démontré la ma-gnificence du christianisme. —J’ai, dit-il, fait des ex-traits des pères de l’église à en remplir vingt paniers.J’ai passé des nuits entières accoudé sur une table à lire