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2 (1863)
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ŒUVRES EE HENRI HEINE.

La terre ne reste pas immobile; elle tourne dans uncercle éternel, mais sans avancer. Autrefois, quandj’étais jeune et sans expérience, je croyais que dans lecombat pour la délivrance de l’humanité, quand mêmeles combattants succomberaient, la grande cause n’ensortirait pas moins victorieuse, et je savourais avec dé-lices ces beaux vers de Byron : «Les ondes se succèdent,elles se brisent une à une sur la plage et s’envolent enpoussière; mais la mer marche toujours.» Hélas! lors-qu’on reste plus longtemps témoin de ce phénomène,on peut observer que la mer, après avoir dépassé seslimites naturelles, retourne quelque temps après dansson ancien lit, puis s’échappe de nouveau, cherche avecla même violence à regagner le terrain perdu ; enfin,manquant de courage, elle prend honteusement la fuite;elle recommence encore, mais elle n’avance jamais.L’humanité se meut aussi d’après les lois du flux et dureflux ; et peut-être la lune exerce-t-elle aussi sur lemonde spirituel son influence sidérale.

C’est aujourd’hui nouvelle lune, et malgré le scepti-cisme mélancolique auquel mon âme est en proie, jeme sens pénétré d’étranges pressentiments. A cetteheure il se passe quelque chose d’extraordinaire dans lemonde. La mer a une odeur de gâteaux de fête, et lanuit dernière les moines blancs que je voyais dans lesnuages paraissaient si mornes...

C’était à la chute du jour; je me .promenais solitairesur le rivage. Quel calme solennel ! le ciel avec sa voûte