190
ŒUVRES DE HENRI' HEINE.
de la noblesse et de la populace sc révèle d’une façonrepoussante et avec tous ses dangers aux amis de laliberté. Là, comme dans certaines provinces de l’ouestde la France et du sud de l’Allemagne, les prêtrescatholiques bénissent cette sainte-alliance. Les prêtresde l’église protestante n’épargnent non plus nulle partles efforts pour établir ce touchant rapport entre lepeuple et les hommes du pouvoir, c’est-à-dire entre lapopulace et l’aristocratie, afin que les impies (leslibéraux) ne puissent pas conquérir l’autorité. Ilsvoient en effet très-juste : l’homme qui ose se servir desa raison et nier les privilèges de la naissance nobi-liaire, finit par douter des doctrines les plus sacrées dela religion et ne croit plus au péché originel, à Satan,à la rédemption, à l’ascension; il ne s’approche plusde la table du Seigneur et ne donne aux serviteursdu Seigneur aucun de ces pieux pourboires d’où dépendleur subsistance et par conséquent le salut du monde.Les aristocrates de leur côté ont reconnu que le chris-tianisme était une religion fort utile, que celui quicroit au péché héréditaire ne peut nier non plus lesprivilèges héréditaires, que l’enfer est une excellenteinstitution pour tenir les hommes en état de crainte, etque quiconque mange son dieu a de la force pour