194
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
ceux-ci j n’eussent été les armes à feu qui rétablirentla balance. Nos ennemis, à nous, n’ont pas cet avan-tage. Barthold Schwartz a inventé la poudre pour toutle monde. C’est en vain que le clergé nous crie ensoupirant : Rendez à César ce qui est à César ! nousrépondons que pendant dix-huit siècles nous avonstoujours donné beaucoup trop à César : ce qui resteest maintenant pour nous.
Depuis que le bill de réforme est devenu loi, les aris-tocrates sont tout à coup devenus généreux à ce pointqu’ils soutiennent que non-seulement ceux qui paientdix livres sterling, mais tous les Anglais, même lesplus pauvres, ont le droit de donner leur voix dansl’élection d’un député au parlement. Ils aimeraientmieux dépendre des derniers mendiants et de la ca-naille déguenillée, que de cette classe moyenne aiséebeaucoup moins facile à corrompre, et qui n’éprouvepas, à beaucoup près, pour eux autant de sympathieque la populace. Celle-ci a une grande affinité de sen-timents avec ces hauts et puissants seigneurs; toutesdeux, noblesse et populace, ont le plus grand dégoûtde l’activité industrielle; elles préfèrent plutôt la con-quête du bien d’autrui ou les récompenses et les pour-boires de la domesticité, selon l’occasion ; faire des