36 ŒUVRES DE HENRI HEINE,
seul, celui de rester roi-citoyen. C’est précisémentparce qu’il ressemble chaque jour davantage aux roisabsolus, que nous sommes forcés de lui garder unepetite rancune. C’est sans doute un homme d’uneprobité parfaite, père de famille estimable, épouxtendre et bon économe ; mais il est fâcheux qu’il fassearracher tous les arbres de la liberté et les dépouillede leur beau feuillage pour les équarrir en poutresdestinées à étayer la maison d’Orléans. C’est à causede cela, et seulement pour cela, que la presse libéralese fâche, et les esprits de vérité en viennent, pour lecombattre, à ne pas dédaigner le mensonge. Il esttriste, déplorable que cette tactique atteigne jusqu’àla famille du roi, aussi innocente qu’aimable. Certai-nement la presse libérale allemande, moins spiri-tuelle mais plus sensible que sa sœur aînée de France,n’aura pas à se reprocher de cruauté sous ce rapport.« Vous devriez au moins avoir pitié du roi ! » s’écriaitdernièrement le pacifique Journal des Débats . . .
J’ai vu ces jours passés l’orphelin de Ménotti, qui aété pendu à Modène; j’ai vu aussi la senora Luisa deTorrijos, pauvre dame pâle comme la mort, qui s’esthâtée de s’enfuir à Paris quand elle a appris aux fron-