vues d'histoire economique et sociale 109
et qui les opprimerent, des grands hommes du moyen äge,et des grands pr£tres qui imprimerent longtemps leurcaractere ä tout l'Europe, ne portait pas en quelque sortele deuil du genre humain. Au yeux des voyageurs po^tiques,les hommes couverts de haillons qui errent lentement dansles rues de Rome, qui se chauffent au soleil sur ses placespubliques, qui, avec tant de vivacite dans le regard et dansla gesticulation, ne se pressent cependant jamais, parcequ'ils n'ont jamais rien ä faire, paraissent bien plus pitto-resques que les artisans des villes modernes. Dans leur zeled'amateur, ils regretteraient les haillons des mendiants,leur desceuvrement, leur misere ; et peut-6tre entre-t-ildans ce sentiment une aversion secrete, inconnue ä celuimfime qui la ressent, pour cette servitude et cet £tat constantd'effort et de gSne, auquel l'industrialisme a condamne'l'homme pauvre dans les cit6s modernes. Les processionsde pr£tres qu'on rencontre de toutes parts dans les rues,sont l'accompagnement convenable des trois cent soixanteeglises qui s'elevent dans cette cite" longtemps reputeesainte, et ils lui conservent son caractere. La degradationmSrne de tous les edifices publics et prives, la fange accumu-lee dans les rues, les paves rompus, la n^gligence univer-selle, les troupeaux de bceufs rassembles dans lespromenades, avec leurs cornes d^mesurees, leur coup d'ceilhagard et leur maigreur, la volaille qui erre en liberte" etsans crainte dans la ville des C&ars, comme eile le feraitdans le hameau le plus solitaire, augmentent le charmeque ces enfants de l'imagination trouvent ä Rome, parceque chacune de ces circonstances atteste la cessation del'empire de l'homme ; parce que chacune contribue äpersuader, sans raison, il est vrai, au passager qui vient