vues d'histoire economique et sociale 107
comme des hommes qui encouragent le travail du corps.Mais la Toscane presente en effet cette heureuse gradationdes conditions humaines : on n'y trouve presque aucunpoint oü l'homme des travaux manuels soit soustrait al'exemple et ä l'influence des hommes de la pensee etdes hommes de loisir. Le meme trajet qu'il faut faire enFrance pour aller d'un chäteau ä un autre suffit en Toscanepour aller d'une petite ville, d'un petit centre de civilisa-tion ä un autre. En France, le chäteau est habitö par unseul gentilhomme campagnard qui vit du revenu de sesterres, ä une assez grande distance des autres seigneurs dechäteaux pour limiter les effets de la soci6te\ et pour ledisposer plutöt ä la chasse et aux autres exercices du corpsqu'ä ceux de l'esprit. En Toscane, chaque petite villecontient de vingt a trente familles qui jouissent de toutel'independance du gentilhomme campagnard francais, etsur lesquelles l'esprit d'association a exerc6 une influenceplus civilisante. En Angleterre il est vrai, on trouve,comparativement ä la population ou ä l'espace de terrain,autant de familles ais6es qu'en Toscane ; mais le plus grandnombre d'entre elles ne tirent point leur revenu de la terre ;enrichies par l'industrie et le commerce, ayant leurs capi-taux dans les fonds publics, ou vivant des riches traite-ments que l'Etat et l'Eglise accordent ä leurs fonctionnaires,ces familles sont etrangeres ä l'agriculture ; le sol de TAn-gleterre est presque en entier partage" entre quelques sei-gneurs qui ont reuni des fortunes colossales, et que leuropulence meme maintient ä une immense distance descultivateurs.