CONSTITUTION DES PEUPLES LIBRES 20,
mer par un si petit nombre de mots, pour qu'on düt sedeiier de sa verite\ Aucune science, en effet, ne doit autantque la theorie des constitutions, se modifier selon les cir-constances, car le legislateur doit agir seulement sur lecorps politique qui lui est donne ; ce n'est pas lui qui lecree. II n'en a jamais la puissance, mais il n'aurait pas nonplus le g6nie nöcessaire pour le concevoir abstraitement.Le genie seul peut voir les choses qui ne sont point comme sielles 6taient, remarquer leurs effets et prevoir toutes leurscons^quences. Cette hauteur de conception n'a jamais et6donnee ä l'homme dans une teile mesure qu'il puissel'appliquer ä la plus relev£e, la plus importante, la plusVarize et la plus difficile des ceuvres de l'homme : la cr£ationde la socidte\ Les peuples existent, et ce ne sont point leslegislateurs qui leur ont donne' la vie ; les peuples existent,et chaque peuple a une Constitution, dans le sens le pluslarge de ce mot, puisqu'il existe. Le legislateur ne doittoucher ä cette Constitution qu'avec la lime, jamais avecla hache. II doit la modifier de maniere ä la rendre tou-jours plus propre au perfectionnement et au bonheur deshommes ; mais en y travaillant, il ne doit jamais oublierqu'il peut öter la vie et qu'il ne peut pas la rendre ; or cettevie est peut-ßtre attach6e ä quelqu'un des organes qu'ilveut corriger ou supprimer. On dirait que les ancienspoetes avaient eu en vue les futurs legislateurs, dansl'all6gorie de M6dee. Avec une science tellement surhu-maine qu'on la nommait magie, M6dee crut pouvoir renou-veler la Constitution d'Aeson, et lui donner la vigueur etla jeunesse, en le repetrissant selon les regles de l'art.Elle le coupa en morceaux pour le faire bouillir dans sachaudiere enchantee; il n'en ressortit que des ossements.