INTRODUCTION
l'Edit de Nantes, ni la France jacobine et imperiale,toujours centralisatrice et despotique, qui venait de priverGeneve de sa liberte. « Je n'ai jamais vu Paris, 6crivait-ilen 1809, mais je le deteste par avance, et de plus je lecrains, car je ne voudrais pas qu'un peu de plaisir que j'ytrouverais peut-Stre diminuät mon aversion pour la villeet ses habitants et la nation dont c'est la capitale. » IIdevait pourtant bientöt faire, pour des raisons de librairie etd'6dition, le voyage de Paris. Tout de suite les salons du fau-bourg Saint-Germain se le disputerent et firent la conqußtede ce grave Genevois qui aimait fort la societe" des dames.« Apres cinq mois d'une existence si anim6e, d'un festincontinuel de l'esprit, 6crit-il ä peine de retour ä Geneve,je ne pense qu'ä la socidtä que j'ai quittee, je vis de Sou-venirs, et je comprends mieux que je n'eusse jamais faitces regrets si vifs de mon illustre amie, qui lui faisaittrouver un d£sert si triste dans son exil.» Mais est-ce seule-ment qu' « un peu de plaisir » avait amolli sa volonte deresistance ? En realite" cette reconciliation avec la culturefrancaise, dont le debut fut si foudroyant, dont les suitesdevaient 6tre si durables, tient ä des raisons profondes,sur lesquelles il faut s'arrßter un instant si on veut compren-dre la nature de la « conversion » qui s'opere dans sonesprit vers cette epoque.
II vient ä Paris au moment oü les desastres de la GrandeArm6e commencent, et oü les lib^raux d'Occident s'aper-coivent, allant comme l'histoire elle-möme d'un extremea l'autre, qu'il leur faut non plus hair dans la France unfoyer d'arrogance guerriere mais aimer en eile le dernierrefuge de la liberte\ Plus se pr^cipitent les desastres, et plus