— n3 —
» L'attitude, tour à tour hostile ou favorable, que tout physicien prendà l'égard de cette affirmation se résume en ce mot de Pascal : « Nous avons» une impuissance de prouver invincible à tout le Dogmatisme; nous avons» une idée de la vérité invincible à tout le Pyrrhonisme. »
Séparé des diverses Ecoles pragmatistes au sujet de la valeur de la théoriephysique, nous ne nous rangeons, en aucune circonstance, au nombre de leursdisciples. L'analyse que nous avons donnée de l'expérience de Physique, parlaquelle nous avons montré, en cette expérience, le fait touteompenétré d'inter-prétation théorique, au point qu'il devient impossible de l'énoncer en l'isolantde la théorie, cette analyse, disons-nous, a trouvé grande faveur auprès deplusieurs pragmatistes; ils l'ont étendue aux domaines les plus divers,à l'Histoire, à l'Exégèse, à la Théologie. Que cette extension soit légitimedans une certaine mesure, nous ne le nions pas; quelque différents quesoient des problèmes, c'est toujours la même raison humaine qui s'efforcede les résoudre, en sorte qu il y a toujours quelque chose de commun dans lesmultiples procédés qu'elle emploie. Mais s'il est bon de noter des analogiesentre nos diverses méthodes scientifiques, c'est à condition de ne pas oublierles différences qui les séparent. Et quand, aux autres méthodes, on comparela méthode de la Physique, si étrangement spécialisée par l'appel à la théoriemathématique et par l'emploi des instruments de mesure, il y a sûrementplus de différences à constater que d'analogies à découvrir.
Nous admettons que la théorie physique peut atteindre une certaineconnaissance de la nature des choses; mais cette connaissance, purementanalogique, nous apparaît comme le terme du progrès de la théorie, commela limite dont elle s'approche sans cesse sans l'atteindre jamais. C'est,au contraire, au point de départ de la théorie physique que les Ecoles carté-siennes et atomistes placent une connaissance hypothétique de la nature deschoses. Si donc nous nous sommes écarté des Pragmatistes, ce n'est pas pourprendre place parmi les Cartésiens ou les Atomistes.
L'École néo-atomiste, dont les doctrines ont pour centre la notiond'électron, a repris avec une superbe confiance la méthode que nous nousrefusons à suivre. Elle pense que ses hypothèses atteignent enfin la structureintime de la matière, qu'elles nous en font voir les éléments comme siquelque extraordinaire ultra-microscope les grossissait jusqu'à nous lesrendre perceptibles.
Cette confiance, nous ne la pouvons partager; nous ne pouvons, en ceshypothèses, reconnaître une vue divinatrice de ce qu'il y a au delà des choses
iS