SONIA GRIGORIEVNA
Sonia sourit.
— Non, fit-elle, il n’y eut aucune scène et lafin de mon histoire est bien plus surprenante.Je te la raconterai puisque tu parais prendreplaisir à ces folies. Tu te souviens que je suisrentrée peut-être cinq minutes après Makharof.Eh bien, je te donne en mille de deviner com-ment je l’ai trouvé... L’appartement était som-bre, pas une pièce n’était éclairée ; Makharofétait déjà couché, et il dormait à poings fermés.Il dormait!... Tu comprends bien que je n’ai pasété sa dupe. Il feignait de dormir. Il voulait ainsime faire sentir qu’il lui était complètement in-différent que je fusse là ou que je n’y fusse pas,que je pouvais découcher si bon me semblait,pourvu que son sommeil n’en fût pas dérangé...Oui, mais moi je ne pouvais m’empêcher derire en pensant à la hâte fébrile avec laquelle ils’était déshabillé, sans même fumer une der-nière cigarette, sans même faire sa toilette, defaçon à pouvoir paraître endormi si, par hasard,j’arrivais sur ses talons. Et je réfléchissais à lacomédie qu’il me jouait ainsi. Il voulait se don-l’air — et à quel prix ! — d’être indifférent. Il ne
— 137