TOME DEUXIÈME.
CHANTS LITURGIQUES.
INTRODUCTION.
i.
»
écriture neumatique n’exprimait la position relative des notesque d’une manière fort incomplète.
Le chantre devait savoir par cœur la mélodie et le rhythmede chaque morceau. Les neumes ne servaient qu’à lui rafraîchir lamémoire.
L’insuffisance d’une telle notation était déjà démontrée dès la findu VIII e siècle, quand Romanus, artiste envoyé à Charlemagne par lepape Adrien, jugea nécessaire d’ajouter aux neumes des lettres explica-tives qui, entre autres choses, avaient pour but d’indiquer plus claire-ment le rhythme et les nuances de la mélopée grégorienne.
Au XI e siècle, Guido d’Arezzo régularisa définitivement la sémio-graphie des neumes, en écrivant ceux-ci sur une portée musicale quirendait impossible toute hésitation de lecture. Depuis lors, la notationn’a pas notablement changé, la notation carrée noire des éditions actu-elles du plain-chant étant virtuellement la même, à quelques excep-tions près.
Chose remarquable : de toutes ces modifications sémiographiques,une seule, — celle de Romanus, — indiquait surtout les nuances durhythme grégorien ; mais elle n’eut point le succès dont elle était digne,
du moins si l’on en juge par le petit nombre de manuscrits dans les-quels on en trouve l’application. Aussi, l’insistance avec laquelle lesauteurs des IX e , X e et XI e siècles recommandent de chanter en mesure ,est pour nous une preuve que, de leur temps, le rhythme musical duchant grégorien laissait beaucoup à désirer. Toutes ces notations n’ontpu empêcher la ruine totale du rhythme grégorien, et prétendre lerestaurer aujourd’hui par l’une d’elles, c’est évidemment vouloir une im-possibilité et méconnaître l’enseignement de l’histoire.
Pour ces motifs, nous avons préféré la notation moderne, la plusparfaite de toutes, parce qu’elle exprime la valeur exacte des notes etqu’elle offre un caractère graphique d’une grande simplicité. Grâce àelle, les personnes qui savent la musique et qui désirent étudier le plain-chant, ne devront point commencer par apprendre une nouvelle notation ;et, comme en définitive l’accompagnement du plain-chant s’écrit dansla notation moderne, celle-ci nous permettra d’éviter un double emploi.
Quelle que soit, en effet, la notation que les chantres adoptent,les fidèles ne pourront point la distinguer par l’audition. Au surplus,si l’on veut conserver la sémiographie musicale de nos livres liturgiques,rien n’y fait obstacle, pourvu que l’on en étudie le rhythme dans la no-tation moderne.