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7 (1740) Lettres P - SEG
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Q. U A.

hi appareil. Tout confiftoit dans un fiience trille & religieux,en attendant l’efFufion du faint Efprit qui les excitât à parler,& ces infpirations fubites aboutiifoient d’ordinaire à des ex-hortations qui portoient à la repentance & à la concorde. SesSeélateurs afl'eftérent une droiture incorruptible dans le com-merce , & une probité à toute épreuve; de plus un vifage gra-ve & févére, un parler froid, & une lenteur qui les empê-choit de rien dire avec précipitation ; beaucoup de modeftiedans les habits, & une frugalité exemplaire fur les tables. L’u- 1fage des fermens fut prohibé parmi eux, & ils condamnèrentla guerre comme une fureur plus propre aux bêtes fauvagesqu'aux hommes. Ils blâmèrent auifi avec beaucoup d’indigna-tion lesPaftcurs de l’Eglife Anglicane, qui annonçoient l’Evangi-le par des vues mercénaires. Enfin par leur débonnaireté, lalîmplicité de leurs manières, la communication de leurs ri-cheffes , & la pureté extérieure de leur vie, qui fembloit uneimage de l’Eglife primitive, ils gagnèrent l’afFeftion & l’ad-miration du peuple ; mais les gens fages s’en défièrent avec rai-fon. Fox eut donc bientôt de fàcheufes traverfes. Comme ilentroit audacieufement dans les temples , où interrompant lePrédicateur, il haranguoit le peuple & le revoltoit, on l’em-prifonna en divers lieux; & fi on ne pafia pas outre, c’eltqu'on eut pitié de fon extravagance. Sa Sefte pourtant fe mul-tiplia & s’étendit dans les provinces d’Angleterre; mais commeil s’y mêla des mélancoliques ftupides qui couroient par les pla-ces, pouffant des cris ^ des hurlemens horribles, & des gensturbulens qui tendoient à brouiller, en attaquant la validité dela puiffance du Magiftrat, les premiers décrièrent le Quakerif-me , en le rendant ridicule ; & les derniers , en le rendant o-dieux. 'Cromwel, qui en prévit les pernicieufes conféquen-ces, défendit leurs afiemblées, & fit arrêter Fox qui couroittoutes les provinces pour femer fa doftrine & fes libelles. Mar-guerite Fell fon époufe étoit devenue une des plus célébrésde la Sefte par fes prédications, 8c elle eut le fort de fon ma-ri. Toutes ces difgraces arrivèrent aux Quakers par l’entête-ment qu’ils avoient de ne point donner aux Magiftrats les ti-tres d'honneur qui leur appartiennent, & de les traiter avecune familiarité peu refpeftueufe ; outre leur coutume de faireorgueilleufement & mal-à-propos des réprimandés dures & of-fenfantes, & de fe donner un air de Prophètes, en préfageantde funefies malheurs à quiconque réfiftoità leurs cenfures. De-puis ils fe corrigèrent de ce ton magiflral, & de ces manièresprophétiques que prenoient les moindres Artifans parmi eux ,lefquels fouvent attroupoient le peuple, & fe couvrant d’ha-bits affreux, affectant une voix lugubre, prédifoient une de-ftruction prochaine , & fe donnoient quelquefois la liberté d'im-pofer de la part de Dieu fiience aux Pafteurs Anglicans dans leséglifes. Cromwel les regardant comme des Fanatiques, fe con-tentoit de les faire mettre en prifon, & la porte leur en étoitouverte dès qu’ils vouloient promettre de fe contenir. Un feuld’eux fut fuftigé comme blafphémateur. Il fe nommoit Taylor,& avoit eu l’infolence de fouffrir que fes Seftateurs le quali-fiaffent défis unique de Dieu, de Soleil de ju/lice, & de Roid’If-raël, & qu’à fon entrée dans Brifiol, on criât devant lui, Ho-fannna fis de David.

Charles II, étant monté fur le tbrône, en fit beaucoup em-prifonner, & fouffrit qu’on les pourfuivît quand ils violoientles défenfes de s’affembler. Il fut même réfolu en 1664, detranfporter les plus opiniâtres dans les Ifles de l’AmériqUe, &d’accompagner leur exil de toutes les circonflancescapables d’in-timider les autres. Cela dura jufqu’en 1666, que GuillaumePen fils du Vice-Amiral d’Angleterre, s’étant jetté dans leur Se-fte, en devint l’appui, & leur procura la fûreté & la tran-quillité qu’ils n’avoient pu obtenir. Cet homme encore plusconfidérable par fa capacité que par fa qualité , publia en faveurdu parti plusieurs Ecrits, où il appuyoit beaucoup fur le do-gme de la tolérance univerfelle.

Quand on cefia de pourfuivre les Quakers en Angleterre,on les joua fur les théâtres , & on les rendit les objets de larifée publique, en contrefaifant leurs foupirs, leur fanglots,leur extérieur réformé & mortifié, leur contenance grave &compofée, leur obfiination bizarre à ne mettre aucune diftin-ftion entre les hommes, & à les traiter tous avec une égalitéincivile. Cela ne les empêcha pas de s’occuper à fixer une for-me de difcipline & de gouvernement. Leur principal exer-cice de Religion confifte dans un grand recueillement pour êtreplus attentifs aux lùggeftions & aux impulfions du faint Efprit;

& pour faire au milieu d’eux la fonftion de Prédicateurs, ilne faut d'autre vocation que d’en avoir les talens. Ils ontpourtant des efpéces de Fafteurs. Ce font eux qui compofentle Confeil eccléfiaftique, & qui d’ordinaire font les Députez auSynode général, lequel s’aiïemble à Londres régulièrement tousles ans. C’eft là qu’on délibéré des affaires qui concernent laReligion & la Difcipline. II ne faut pour parvenir au miniftéreni examen, ni ordination, ni confécration, & il ne fefait pointd’inftallation en cérémonie: le confentement de l’affemblée fuf-iït. Les gages ou les appointemens de ces Palteurs font arbi-traires & dépendans de la charité du peuple, qui les régie parrapport aux facultez & aux befoins du Miniflre; mais ils nefont aucune capitulation là deflùs, eftimant indigne d’un fi fa-cré caraftére, de faire des paftions pécuniaires pour acquérirle droit de prêcher.

Quant à leurs dogmes principaux, ils rejettent les prièrespubliques & les Sacremens, fuivent l’opinion des Anabatiftestouchant le batême, foutiennent que l’ame eft une partie deDieu, que Jefus-Chrift n’a point d’autre corps que fon affem-blée, & s’imaginent que tous les hommes ont en eux la lumiè-re qui efl fuffifante pour le falut. Selon ces Fanatiques, laprière efl inutile pour le falut; nous fouîmes juftifiez par notre

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propre jufiice, & il n’y a point d’autre vie & de gloire à at-tendre qu’en ce monde, llsprétendent que toutes chofes doi-vent être communes', que perfonne ne peut être appelléMaî-tre ou Seigneur, & qu’un homme ne peut pas avoir de puif-fance fur un autre. On dit que quelques-uns de ces Quakersdifent qu’ils font Chrills, quelques-uns Dieu même, ôt d’au-tres qu’ils font femblables à Dieu, parce qu’ils ont en eux le-même efprit qui efl en Dieu. C’efl: là ce qu’on dit des Qua-kers. Les Curieux pourront voir leur Apologie dans Barclay,qui a compris leurs fentimens en quinze Théfes imprimées àAmfterdam en 1674. Leurs principaux dogmes font, que Dieudonne à tous les hommes, fans en excepter aucun, des lumiè-res furnaturelles qui les peuvent fauver ; qu’il faut vivre félonces lumières, fans lefquelies on n’ell pas capable d'entendrel’Ecriture; qu’il faut bannir toutes cérémonies de la Religion& de la Société civile, jufqu’à celle de fe làluer les uns lesautres , en ôtant fon chapeau, & de fe dire vous au lieu de toi.

Pour montrer comment ces Fanatiques traitent les puifian-ces, voici l’Adreffe qu’ils préfentérent en 1685 , au Roi Jac-ques II, fur fon avènement à la Couronne. Nous venons t:témoigner la douleur que nous reffentms de la mort de notre bon amiCharles, & la joye que tu fois devenu notre Gouverneur. Nous avonsappris que tu n’es pas dans les fentimens de VEglfe Anglicane, nonplus que nous. Ceji pourquoi nous te demandons la même liberté quetu prends pour toi même. En quoi fàifant nous te foubaitons touteforte de profperité. Adieu. * Hijloire des Révolutions d’Angleterrefous Jacques II. Gérard Crœte, Hijloire des Quakers à Amjterdam1695. Bafnage , Hijl. des Ouvrages des Savans , Janvier 1696.On peut voir encore l ’Hijloire abbrégée de lanaijfance duprogrès

du Kouakerifme , &c. 1692 ; & Samuelis Scbelguigii Quackerifmusconfutatus, 1699.

Lorsqu’en 1 699 on eut défendu les conventicules avec tou-te la févérité polfible, les Quakers ne Iai(Térent pas de fe ren-dre au lieu & à l’heure ordinaires de leurs afiemblées. Si l’onen venpit faifir quelques-uns, tous fe laifloient prendre,aucunne s’enfuyoit. Ils alloient tous ainfi de compagnie en prifon ,où ils attendoient tranquillement qu’on voulût les mettre enliberté. Ils ne daignoient ni préfenter requête pour leur élar-giftement, ni payer aucune amende, non pas même les droitsdu Géolier , appellant cela les gages d'iniquité. Les avoit-onélargis? Iis retournoient aulfi-tôt au lieu de leur aflemblée,&fi le Magiftrat en avoit fait fermer les portes, ils faifoient leursexercices, ou dans les rues ou devant la porte de leur conven-ticule. Quand on le leur reprochoit, ils difoient qu'ils vou-loient que l'on fût qu’ils s’affembloient pour fervir Dieu , qu’ils n’a-voient point bonté de le faire; & qu'à l'exemple de Daniel plus on leleur défendrait , plus ils le feraient en public. Cette conduitefut traitée d’opiniâtreté par les uns, & de fermeté par les au-tres. Elle leur réiifllt, le Gouvernement fe lafia de les inquié-ter & les laifla en repos. * Burnet, Mémoires, &c. tome 1. p.548. On a une Hiftoire de ces Fanatiques par lePére Catrou,Jéfuite, en un volume, in douze, à Paris en 1733.

QUALHAT, ville. Voyez C A L H A T.

QUALIFICATEURS; c’eft ainfi que l’on nommeles Membres Eccléfiaftiques de l’Inquifition qui prononcent files difcours de ceux qui ont été déférez à ce Tribunal redou-table font une héréfie manifefte, ou s’ils en approchent feule-ment; s’ils contiennent une erreur; s’ils fonnent mai ou s’ilschoquent les oreilles pieufes & délicates ; s’ils font inconfidé-rez, fchifmatiques , blafphématoires, ou féditieux, &c. Lesmêmes Qualificateurs jugent auffi fi la défenfe de l’accufé eftvalable & folide, ou non. Lorsque les Inquifiteurs héfitents’ilsdoivent faire emprifonner une perfonne , ils confultent aufli lesQualificateurs, qui donnent leurs réponfes par écrit, afin qu’el-les puiflent être jointes aux Aftes de tout le procès & lui fer-vir de bafe. Il faut cependant remarquer que les avis des Qua-lificateurs ne font que des Confultations & qu’ils n’obligent pasles Inquifiteurs à les fuivre. * Limborch, Hiflor. Inquifit. Di-Üionnaire Anglais.

Q U A M - T U N G, ou Q U A N T U N G, Province ma-ritime de la Chine , a pour bornes du côté de l’Oueft leRoyaume de Tunquin , du côté du Nord-Oueft la Province deQuamfi ; vers le Nord celles de Huquam & deKiamfi, deversle nord-eft celle de Fokien , de laquelle elle eft féparée par larivière de Ting , & par des montagnes inacceflibles. Le refteeft bordé de l’Océan, ce qui efteaufe qu’on y trouve grand nom-bre de ports & de havres fort commodes. On compte dix vil-les principales dans cette Province & foixante & treize moinsconfidérables, fans y comprendre celle de Macao. Les dix vil-les principales font, Quangcheu ou Canton, Xaocheu, Nan-hiung, Hoeicheu , Chaocheu, Chaoking, Caocheu , Liencheu,Luycheu, &Kiuncheu. L’on y compte quatre cens quarante-trois mille trois cens foixante familles , & près de deux millionsd’hommes. Elle produit abondamment tout ce qui eft nécef-faire à la vie. Elle eft riche en or, en pierres précieufes, enperles, en foye, en étain, en mercure, en fucre, en cuivre,en acier, en fer excellent, en falpêtre, en bois d’aigle & c.Les Habitans font induftrieux, & quoiqu’ils ne femblent pasavoir l’efprit promt à inventer, les Européens ne fauroientleurmontrer aucun ouvrage qu’ils ne le comprennent fur le champ,& qu’ils ne le contrefaflent avec beaucoup de délicatefle. Uny fait éclorre les œufs ou dans un four tiède ou dans du fumier.Quand cette Province commença de recevoir les loix des Mo-narques de la Chine, fortis des derniers de la race de Çhevaon l’appelloit le Royaume de Nanine; mais elle fecoua bien oaprès le joug de ceux de,cette lignée, pour retourner a 10-béïflance de fes anciens Rois. Hiaovus, de la race imperiade Hana employa la clémence & la rigueur pour les ram *ner à leur Roi, & depuis, ils fe font fi bien attachez aux