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8 (1740) Lettres SEH - Z
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S U h

•nés. Lorsqu’elle eut pris la réfolution de quitter Maubuiflonpour fe retirer à Port-Royal, elle fit agréer Madame l’Abbeffedu Lieu-Dieu, qui obtint les provifions néceflaires, & la MèreMarie des Anges fortit de la maifon fi regrettée, que lesReli-rieufes ne voulurent point affifter à la prife de la poffeflion de lanouvelle Abbeffe,& que toute la ville de Pontoife marqua unetelle affli&ion de fa fortie, que les riches comme les pauvres,vinrent fur fon pafiage lui témoigner leur extrême affliction.Depuis fa rentrée à Port-Royal de Paris, la Mère Marie desAnges qui comptoit n’y demeurer que comme fimple Religieufe,fut élue deux fois Abbefie. Elle elt morte en odeur de fainteté,& ayant même fait, dit-on, quelques miracles pendant fa vie,le dixiéme de décembre 1658,âgée de 59 ans. Elle étoit paren-te du célébré Pierre Nicole. Sa Vie a été écrite fort au longpar la Sœur Euftochie, Religieufe de Port-Royal, fille de Ma-dame de Brégis; & M. Nicole prit foin de la revoir, & de s’af-fûrerpar lui - même de l’exaftitude des faits qui y font rapportez.Elle n’a jamais été imprimée. * Mémoires du tems.

SU 1 SET, SUINSET ouSWISHED (Roger de)autrement appellé Tête de Porc, & furnommé le Calculateur, futun favant Mathématicien , & régenta dans l’Univerfité d’Oxford.Enfuite il quitta le monde, & fe fit Religieux de l’Ordre de Cî-teaux vers l’an 1350, fous le régne d’Edouard III, Roi d’An-gleterre. Il a écrit fur le Maître des Sentences & fur la Moraled’Ariftote, Sc quelques livres d’Aftronoinie, intitulez Calculatio-nés Aflronomicœ ; IntreduSorium ad Calculationem ; Calculationes cumQuceftionibus de reaüione ; Matbematicce Commentationes, &c. *Pitfeus, de Illuftr. Angl. Script.

SUISKERAY, Ifle de la Mer d’Ècoffe, l’une des Hébri-des. Elle eft à 16 milles de celle de Ronaj elle elt fans herbe& fans bruyère, feulement pleine de rochers, dont quelques-uns font couverts de mouffe noire. Sa longueur n’eft que d’unmille. Les oifeaux marins viennent ÿ pondre leurs œufs, &quand leurs petits font éclos, & qu’ils ont encore l’aile foible,les voifins de l’Ifle de Léwis y vont, & employent environ huitjours à les prendre & à faire durcir leur chair au vent, aprèsquoi ils en chargent leurs barques ainli que de plumes. 11 y adans la même Ifle une efpéce d’oifeau nommé Colk, qu’on neconnoît point ailleurs. 11 y vient dans le printems toutes lesannées, & nourrit fes petits lorsqu’ils font éclos , jufques à cequ’ils n’ayent point befoin de fon fecours. Vers ce tems, lesplumes de ces oifeaux tombant d’elles mêmes, les laifiënt prefquetout nuds. Ils fe retirent alors vers la mer, & ne font plusvus jufques au printems de l’année fuivante. Ils ont cela de par-ticulier que leurs plumes n’ont point de canon, de forte que toutleur corps n’eft couvert que comme de duvet. * Davity, IJlesHébridest Th. Corneille, Dict. Géogr.

S U I S K I. Voyez Z U S K I.

SUISSE (La) elt un grand païs de l’Europe, âtué entrel’Allemagne, la France & l’Italie: les Habitans en étoient con-nus des Romains fous le nom d ’Helvétiens, que quelques-unsprétendent dériver d’un ancien Prince nommé Helvetus. JulesCéfar dit que les anciens Helvétiens étoient féparez de la Ger-manie vers le Levant & le nord par le Rhin, des Séquaniens versle Couchant par le Mont-Jura, & de la province Narbonnoifepar le Lac Léman & par le Rhône. Il dit de plus que tout lepaïs fut divifé en quatre quartiers qu’il nomme P agi , favoirPagus Urbigenus , Pagus Ambronicus, Pagus Tigurinus , PagusTugenus. L’Auteur de l'Etat £? Délices de la Suijje conjecture queles anciens Helvétiens viennent de la Gaule Narbonnoife. Ilparoit par le récit de Céfar, que le gouvernement de l’ancienneHelvétie avoit quelque rapport avec celui d’aujourd’hui & queces quatre provinces étoient alliées enfemble, qu’on yjugeoitfélon les anciennes coutumes & ufages, & que d'ailleurs chaqueendroit, en fon particulier, étoit fouverain; la liberté faifantdès lors leur plus précieux thréfor. Il eft vrai que cette libertéfouffrit beaucoup de Jules Céfar, & plus encore de A. Cécinna,Général de l’Empereur Vitellius, & enfuite des Rois Bourgui-gnons & François, de la ligne Mérovingienne 5 c Carlovingienne,& enfin , de la fécondé race des Rois de Bourgogne depuis l’an888, jufques en 1033, & des Seigneurs du païs, qui s’étoientélevez, tant fous ces Rois que dans la fuite, fous les Empereursd’Allemagne. Sur tout, lorsqu’Albert I fut parvenu â l’Empire,l’orgueil 5 c la fierté des Baillifs monta à un point que leur Gou-vernement ne fut plus qu’une cruelle tyrannie. Le pauvre peu-ple ayant gémi pendant quelque tems fous ce joug, & répréfentévainement leurs griefs à l’Empereur, l’amour pour la liberté &l’ancienne valeur Helvétique fe reveilla enfin, 5 c l’on penfa àfecouer un fardeau fl accablant. Les premiers fondemens du re-couvrement de la liberté-furent jettez au païs d’Ury par la con-juration qui s’y fit le 17 octobre 1307. Voyez S T A U F F A-CHER & TELL (Guillaume). Les Empereurs fui vans com-me Henri VII, Louis V, Charles IV, & Sigifmond I, reconnu-rent l’équité de la Ligue des Suifles & la confirmèrent hautement.Depuis les heureux fuccès des armes des Suilïes contre Charlesfc Hardi, Duc de Bourgogne, contre l’Empereur Maximilien I,contre l’Alliance de Souabe & contre la France en Italie, lesRois & les Etats de l’Europe commencèrent à reconnoître laLigue des Suifles comme une République entièrement libre.L’Empereur Maximilien commença le premier par la paix con-clue à Bâle en H 99 . & par l’union héréditaire, traitée en 1511.La France fuivit l’exemple de l’Empereur par la paix éternelleconclue avec les Suifles en 1516, 5 c par l’alliance, traitée en1521. Le Pape Jules II fit la même chofe, & enfin, les Empe-reurs, les Rois, les Electeurs, &c. leur envoyèrent des Ambaf-fadeurs & en ontauflï reçu de leur part avec les démonftrationsd’honneur & de diftinCtion dues aux Envoyez d’un Etat Souve-rain. En 1647, l’Empereur publia une déclaration dans laquel- ;le il reconnut de nouveau l’exemption de l’Empire & la parfaite :

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Souveraineté des Suifles, ce qui en 1648 fut encorerecohnu &inféré dans le fixiéme article de la paix de Munfter.

Les frontières de la Suiffe font aujourd’hui leMilanois, laSavoye, la Bourgogne, leSundgaw, le Cercle de Souabe & lestrois Ligues des Grifons. Le païs tout entier peut avoir 30lieues de Suiffe de longueur, fur 24 de largeur.

Les villes & les peuples qui compofent aujourd’hui la Liguedes Suifles fe divifent commodément en trois claffes. I. LesXlil Cantons, qui ont entre eux le rang fuivant, Zurich; Berne,Lucerne, Ury, Schwitz, Underwald, Zug, Glaris, Bâle, Fri-bourg, Soleurre, Schaffhoufe & Appenzell. II. Les Alliez desSuifles, qui, pour jouïr de la proteftion des Cantons, font en al-liance ou avec quelques-uns d’eux feulement, ou avec tous lesXill enfemble. En voici les noms, l’Abbé & la ville de S. GaH,les trois Ligues Rhétiques, l’Evêque de Sion en Vallais 6c laRépublique de Vallais, la ville deMullhaufen, Bienne, Neuf-châtel, Genève, & l’Evêque de Bâle. Entre ces derniers il n’ya que l’Abbé 5 c la ville de S. Gall ôc la ville de Bienne qui ayentféance dans les Diètes des Cantons. III. Les Bailliages fujetsaux Cantons. Les 12 premiers Cantons ont quatre Bailliagesen Italie, Lugano, Locarno, Mendrifio & Val-Magia ou Val-Madia. Les dix premiers Cantons ont part aux jugemens cri-minels de la Turgovie ou duTurgow. Les huitpremiers Can-tons gouvernent la Turgovie, le Comté de Sargans, les Bail-liages ou Offices libres & le Rhinthal; le Canton d’Appenzell ya aufli part. Zurich, Berne & Glaris envoyent un Baillif à Ba-de, à Bremgarten, à Mellingen, à Rapperfchweil, &c. LesCantons d’Ury, de Schwitz & d’Undervvald, envoyent un Bail-lif à Bellinzone. Les quatre Bailliages de Morat, de Grandfon,de Schwartzenbourg & d’Echalens, font gouvernez alternative-ment par les Cantons de Berne 6c de Fribourg, qui y envoyentchacun à fon tour un Baillif. Gaftal ou Gaftern & Utznach fontgouvernez par les Cantons de Schwitz 5 c de Glaris.

Si l’on demande quelle eft la forme du gouvernement desSuifles, on répond qu’il n’y en a point de générale parce quecette République eft un compofé de différentes villes dont cha-cune eft iouveraine chez elle, & a fa forme particulière de gou-vernement, différente de celle des autres villes. Les Cantonss’affemblent régulièrement & ordinairement une fois l’année versla S. Jean, & la Diète commence le Dimanche après le jour deS. Pierre & S. Paul. L’endroit où ces Diètes fe tiennent eft de-puis longtems la ville de Bade. Le Canton de Zurich eft celuiqui convoque les autres. On traite dans ces Diètes des affairesqui regardent les Cantons en général, comme les alliances, lapaix & la guerre, les Ambaffades & les inftruCtions qu’onleur donne, l’audience qu’on donne aux Ambafladeurs desPuif-fances étrangères, les comptes qu’on rend des revenus des Bail-liages communs , &c. Selon l’exigence des cas, ou fuivantqu’un Canton le demande, on tient aufli des Diètes extraordi-naires. Quoique chaque Canton envoyé deux Députez aux Diè-tes , ils n’ont cependant qu’un fuffrage. Les Cantons Catholi-ques, aufli bien que les Proteftans, ontauflî leurs conférencesparticulières & préliminaires. Les Catholiques les tiennent àLucerne ou à Zug, & les Proteftans à Arau.

La Suiffe jouît généralement d’un air pur, léger & fort fain ,quoique froid dans les quartiers méridionaux. Le païs, géné-ralement parlant, eft très-fertile en blez, en pâturages, en vinj& en fruits. L’on y nourrit un nombre prodigieux de vaches &de bœufs, & les fromages qu’on en fait font connus de toutel’Europe. Il y a des quartiers où l’on trouve de bons chevauxfort robuftes. Il y a des montagnes qui fervent de pâturage aubétail pendant trois mois de l’année, & d’autres qui font cou-vertes de neiges & de glaces éternelles. Les montagnes de Suifferenferment fans doute des mines fort riches, puisque le Rhinl’Aar, l’Emme, &c. charrient du fable d’or. On y trouve auflides mines de fer & de plomb, defoufre, d’eau falée & de cry-ftal de roche, toute forte de bains chauds & froids: les four-ces d’eaux minérales & d’eau commune y font encore en abon-dance. Le grand nombre de rivières & de Lacs qui fe trouveen Suiffe eft très-avantageux à ce païs, foit pour les poiffonsqu’ils produifent, foit pour le tranfport des marchandifes & lacommodité du commerce. Ce qu’il y a de remarquable c’eft quel’on trouve des Lacs fur les fommets de diverfes montagnes. Lescerfs, les ours, les fangliers, les chamois, les chevreuils, lesbouquetains, les faifans, les gelinottes, les perdrix, les bécaf-fes, les outardes & toute forte de gibier, font que la chaffe eftexcellente en Suiffe. Enfin, les pierres figurées de toutes lesefpéces, des voûtes naturelles dans des montagnes, les perfpe-ftives & les vues les plus variées du monde, les cataractes desfleuves les plus furprenantes, les chemins pratiquez dans desrochers prefque inacceffibles, les ponts les plus haÿis qu’ontpuiffe imaginer, les magnifiques reftes de la grandeur Romaine,qu’on trouve par tout en Suiffe, font regarder, avec raifon ,ce païs comme un riche thréfor de curiofitez naturelles 6t artifi-cielles & comme la fource de toute forte d eaux admirables parleurs différentes qualitez. La Suiffe eft aujourd’hui fort bienpeuplée, ce qui fait qu’un grand nombre de fes Habitans s éta-bliffent ailleurs. Les Habitans de la campagne font forts, robu-ftes & capables des plus rudes travaux. Leur difpofition natu-relle pour la guerre, eft entretenue par des exercices réglezqu’on leur fait faire, & la grande quantité de troupes Suifles ,qui fervent en France, en Hollande, 5 cc. fait que ce païs nemanque jamais d’Officiers expérimentez dans le métier de laguerre. Plufieurs Princes de l’Europe entretiennent aufli desSuifles pour leur Garde. L’an 1464 , Jean, Duc de Calabre,fils de René, Roi de Sicile, venant joindre les Princes mécon-tens, fous le régne de Louïs XI, amena parmi fes troupes cinqcens'Suiffes, qui furent les premiers que l’on vit en France fer-vir dans les armées. Ce que l’on débite dans les païs étrangersE e e 2 de