S U E. S U F.
depuis Iongtems d’y en préfenter un tous les ans au premier jourdu mois de mai, & qu’on appelioit pour cet effet le lableau demai. Saint Paul y eft répréfenté prêchant dans Ja ville d Ephé-fe, & convertifTant les Gentils, qui apportent leurs livres deSciences profanes, pour être brûlez. 11 a fait un tableau d’unChrift mourant, pour les Capucins de la rue - Saint - Honoré;un tableau de la Magdelaine; & un autre du martyre de faintLaurent pour l’églife de faint Germain - l’Auxerrois, & quelquestableaux de l’Hiltoire de faint Martin pour les Religieux de Mar-moutier. Il fit fur la fin de fa vie deux tableaux de faint Ger-vais & de faint Protais, pour être copiez, comme ils l’ont étédans les tapifferies qu’on voit à faint Gervais à Paris. Ces ta-bleaux font d’une beauté extraordinaire. Ce que Le Sueur avoitde plus remarquable, c’eft qu’il n’y avoit rien d’affeété dans famanière. C’étoit la belle nature prife d’après l’idée du beau,qu’il répréfentoit en autant de façons différentes, que les diffé-rens fujets le demandoient, n’ayant aucunes manières de group-per, de draper, ou de colorier, qui lui fuffent plus ordinairesque les autres, marque certaine de la force & delà facilité d’ungénie, qui ne s’aifujettiiTant à rien de ce qu’il a vu, ni même dece qu’il a fait, fe figure les objets, félon que le demande la vrai-femblance de fon Hiftoire, peignant ce qu’il voit dans fon idée,quand il travaille d’invention, comme il peint ce qu’il voit audehors de lui, quand il travaille d’après nature. Son bon goûtlui avoit fait prendre dans l’étude des figures & des bas reliefsantiques, ce qu’ils ont de grand, de noble & de majeftueux,fans en imiter ce qu’ils peuvent avoit de fec, de dur, & d’immo-bile; & lui faifoit tirer des ouvrages modernes ce qu’ils ont degracieux, de naturel, &d’aifé, fans tomber dans le foible &lemefquin, qu’on leur reproche. Quelques gens ont trouvé, qu’illui manquoit d’avoir été à Rome; mais on ne remarque pointdans fes ouvrages, au jugement des Connoiffeurs, ce qui à pules faire parler de la forte, les tableaux ayant tout le bon goût& toute la nobleffe que l’on peut prendre en Italie. Il a étévrai Iongtems qu’il falloit aller à Rome & y étudier un temsconfidérable, pour réiiffir dans la Peinture & dans la Sculpture ;mais cette maxime commence à n’être plus vraye, depuis qu’ona tranfporté en France & ailleurs une partie des plus beaux ta-bleaux & des plus belles flatues, qui faifoient aller en Italie ;parce que fi l’on n’a pas les figures en original, on les a du moinsfort bien moulées, ce qui fuffit, pour en prendre le goût & lamanière. Il n’y a plus guéres que ceux qui fe connoiffent peuen ces fortes de chofes, & qui veulent pourtant paffer pourConnoiffeurs, qui prétendent que cela doit être ainfi , parcequ’il ell bien plus aifé de favoir, fi un Ouvrier a été à Rome ,ou s’il n’y a pas été, que de favoir fi fon ouvrage eft excellentou médiocre. On ne difconvient pas qu’il ne foit très-utile àun Peintre de voyager en Italie, pour fe former le goût fur lesbeaux ouvrages qu’on y trouve; mais l’exemple de Le Sueurfait bien voir que cela n’eft pas abfolument néceffaire, pourrendre un homme habile dans ce bel Art. II mourut le 30 avrilde l’année 1655, âgé de trente-huit ans feulement, & eft en-terré à Paris, dans l’églife de faint Etienne - du Mont. * Per-rault, les Hommes Illuftres qui ont paru en France dans le XVIIfiicle.
SUEUR (Jean Le) Miniftre de l’Eglife Réformée, vivoitfur la fin du XVII fiécle. 11 fut Pafteur de l’églife de LaFerté-Aucol , autrement La Ferté - fous -Jouare. Il a fait un Traité furla Divinité de l’Ecriture Sainte; mais l’Ouvrage qui lui a donnéune grande réputation eft fon Hiftoire de l’Eglife £? de l’Empire.Il l’a conduite jufques à la fin du dixiéme fiécle. Elle a été im-primée â Genève en fept volumes in quarto, dont le premier pa-rut en 1674, & le feptiéme en 1686, on l’a auflj imprimée inciïavo. Le célébré M. Pictet avoit entrepris de continuer cetimportant Ouvrage , & il donna le onzième fiécle , avant famort. On avoit promis le douzième, qui ne paroit pas encore,* Piélet, Tbêol. tome 3. p. iér.
SUEUR (Guillaume) Voyez S U D R E.
S U E Y R O (Emmanuel) né à Anvers le 20 février 1537,de parens Portugais, fervit avec diftinétion dans les troupes d’E-fpagne aux Païs-Bas, fut Fidalgue de la Maifon du Roi, & Che-valier de l’Ordre de Chrift, & mourut en 1629 à Anvers. On ade lui une courte Defcription des Païs-Bas en Efpagnol, impri-mée l’an 1622, à Anvers; les Annales de Flandre dans la mêmeLangue, qui parurent en 1624, à Bruxelles en deux volumes mfolio. On a encore du même des Traduirions en Efpagnol, deSallufte, de Tacite & de Velleius Paterculus. * Mémoires dePortugal.
SUEZ. Voyez S U E' S.
S U F. S U G. S U H. S UI.
rUFFEGMARou SUK-G E'M A R, rivière du Roy-O aume d’Alger. Elle naît dans la province de Conftantine,baigne la ville de ce nom , & entrant dans la province de Bugieelle fe décharge dans la Mer Méditerranée, à fix lieues de Gi-gery vers le Levant. * Maty, Diiï. Géogr.
SU FF E'NUS, mauvais Poète, qui vivoit vers l’an 30avant l’Ere Chrétienne, compofa grand nombre de méchans versCatulle parle de lui, en écrivant àLicinius Calvus, Carm uv. 19 . ^
, Cæftos, Aquinos,
Suffenum, oir.ma eolligam venena.
Il dit ailleurs à Varus, ou félon d’autres à Varrus, queSuffénus,grand parleur, avoit écrit plus de dix mille vers, qui ne valoientrien - * Carm. 22. ou félon Ifaac Voflius, Carm. 19,
S UFF ET I U S. Cbtreba U E'T IU S.
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S U F. S U G. 401
SUFFOLCK, province maritime , au fud de celle deNorfolck, & dans le diocéfe deNorwïch, a 140 milles de tour.L’air y eft fain hormis vers la mer. Le terroir eft fort djverfifié.Les meilleurs endroits de cette province font autour de Saint-Edmonsbury, où le païs eft charmant & abonde en toute fortede grains. On compte plus de 40 parcs dans cette province.Ses principales rivières font la Stoure, le Bréton, le Dében,l’Orwell, & le Blith. On y fait beaucoup de fromages & d’ex-cellent beurre. Les manufactures font pour les draps & la toile.Ipswich eft la capitale de la province, & on y trouve outre celaSainteEdmondsbury , Dunwich, Orford, Alborough, Sudbu-ry, Eye, Stowmarket, Newmarket, Beecles, &c. * Etat d:la Grande Bretagne fous George II, tome 1. p. ni cftc.
S U F F O L K (Les Ducs de) Voyez BRANDON & PQ-L E (La)
SUFFRAGE, voix ou avis qu’on donne en une affem-blée, où l’on délibéré de quelque chofe, où l’on élit quelqu’unpour une charge, pour un Bénéfice, &c. Le peuple Romaindonna Iongtems fon fuffrage de vive voix dans les affaires de laRépublique. 11 étoit recueilli par les Doyens des Tribus; quife nommoient Rogatores, lefquels rapportoient enfuite au Préfi-dent de l’affemblée, le fentiment de leurs Tribus. Cette pratiquedura jufques en l’an 615 delà fondation de Rome, fous leCon-fulat de P. Calpurnius Pifo, & de M. Popilius Lénas, que Ga-binius, Tribun du peuple, fit paffer la première loi de. buletins,pour l’éleétion des Magiftrat*. Elle ordonnoit qu’à l’avenir lepeuple ne donneroit plus fon fuffrage de vive voix, mais qu’iljetteroit dans la capfe ou l’urne, un buletin, où feroit écrit lenom de celui qu’il voudroit élire. On appella cette loi Tabella-ria, à caufe qu’on nommoit les buletins TahelUe. Papirius Carbo,aufli Tribun du peuple, fit paffer l’an 625, une autre loi nomméePapiria, par laquelle il fut ordonné que le peuple donneroit fonfuffrage par buletins, dans l’homologation des loix: & Caflius,Tribun du peuple, obligea pareillement les Juges par une loi,de donner leur voix par buletins dans les Jugemens. Toutes cesloix furent extrêmement agréables au peuple, qui n’ofoit aupa-ravant donner librement fa voix, de peur d’offenfer les Grands.C’eft ce que nous dit Cicéron, dans l’Oraifon pour Plancius ;Grata eft tabella , quœ frontes aperit bominum, mentes tegit, datqueeam libertatem ut quoi velint faciant. Il l’appelle encore dans laHarangue pour la Loi Agraire, Vindicem libertatis; & dans cellepour Cornélius, Principium juftiffmce libertatis. Ces buletins;balotes ou tablettes, étoient de petits morceaux de bois pu d’au-tre matière, fort étroits, marquez de diverfes lettres, félon iesaffaires dont on délibéroit. Par exemple, s’il s’agiffoit d’élireun Magiftrat, l’on écrivoit les premières lettres du nom des Can-ididats, & on en donnoit autant à chacun, qu’il y avoit de Com-pétiteurs pour la charge. Dans ies affemblées pour la réceptionde quelque loi, on en donnoit deux à chacun, dont l’une étoitmarquée de ces deux lettres U. R. qui vouloient dire , uti rogas,comme vous demandez, c’eft à dire, je confens à la loi que vouspro-pofez; & l’autre feulement d’un A, qui fignifioit Antiquo, je re-jette la foi. Dans les jugemens on en donnoit trois, l’une mar-quée d’un A, qui fignifioit Abfolvo, j'abfous l’accufé; l’autre d’unC, Condemno, je condamne l’accufé ; & la troifiéme de ces deuxlettres, N. L. Non Liquet, on ne peut juger, l'affaire n'eft pasfuffifamment éclaircie. Ces balotes étoient données à l’entrée du 1pont du parc par des Diftributeurs de balotes, nommez Diribito-res; & l’endroit ou le Bureau où ils les donnoient, s’appelloitDiribitorium. Ils paffoient de là devant le Tribunal du Conful,ou de celui qui préfidoit à l’affemblée, qui ciftellam deferebat, &jettoient dans la capfe ou dans l’urne celles des balotes qu’ils vou-loient. Alors la Centurie ou la Tribu prérogative, qui avoitété tirée au fort la première pour donner fon fuffrage, étantpaffée, on comptoit les fuffrages; & le Crieur difoit tout haut,Prierogativa renuntiat talem Confulem , & s’il s’agiffoit d’une loi,Prœrogativa legemjubet, ou non accipit. Le Magiftrat faifoit en-fuite appeller les Centuries de la première claffe, celles de laCavalerie les premières, & après celles de l’Infanterie. Lors-qu’on n’avoit pas un nombre fufEfant de fuffrages pour avoirune charge, le peuple pouvoit choifir qui bon lui fembloit; &cela s’appelloit en Latin, non conficere légitima fuffragia, £? nonexplere Tribus. * Antiq. Gréq. & Rom.
SUFFRIDUS PE'TRI. Voyez P E'T RI.
S U G E N, ville du Royaume de la Chine, fous la domina-tion du Roi de Tonquin. * Martini, Atlas Sinicus.
S UGER, Abbé de Saint-Denys en France, principal Mi-niftre d’Etat, & Régent du Royaume fous le Roi Louïs VII, ditle Jeune, naquit l’an 1082, fous le régne de Philippe I, &àl’âge de dix ans, il fut mis dans l’Abbaïe de Saint-Denys, oùLouïs fils de France, depuis Louis le Gros, étoit élevé. Lors-que Louïs fut revenu à la Cour, il y appella Suger, qui s’aquitl’eftime de tous les honnêtes gens. Il fe trouva avec l’Abbé A-dam, à un Concile de Poitiers, l’an 1106, &.fut employé end’autres affaires importantes; enfuite de quoi il fut pourvu duPrieuré de Touri en Beauffe, & de l’Abbaïe<|e Saint-Denys.Depuis il aflifta à divers Conciles, & fut^envoyé à Rome, enAllemagne, & en Guienne. Le Roi Louïs le Jeune, qui avoitfuccédé à Louïs le Gros, fon père, ayantdeffein d’entreprendrele voyage de la Terre-Sainte, déclara Suger Régent du Royau-me. Ce Miniftre vouloit mener lui-même à fes dépens, du fe-cours aux Chrétiens d’Outremer; mais dans le tems qu’il tra-vailloit pour l’exécution de fon deffein, il fut emporté par unefièvre, l’an n5 2 > âgé de 7 ° ans. Suger a été. loué par faintBernard, & par toutes les perfoones illuftres de fon tems. Il ré-para l’églife de l’Abbaïe de Saint - Denys. Il laiffa la Vie deLouïs le Gros; des Mémoires de fon adminiftration dans i’Abbaïede Saint- Denys, & de la tranfiation des corps des Compagnonsde ce Saint; des Epitres, &o. que Du Chêne a mifes dans leE e e Êorpt