I ï II
Qtçelî anti*dotes rfcf»uables , O 1quels non.
Dcdicdtiottde l'œuwe.
EPISTRE,
volonté de faire plailirà tous que i'ai touiours eu, en mes commentaires fur le fixieme iiurei'ai non feulement éclair ci le texte de Diofcoride de tout mon pouuoir,ains aufsi ieyai décritquelques antidotes inuentez par moy. Mais îe ne voudroi pas par ce que ie di ici qu'aucuns pen-faffent qu'il fe falle du tout abftenir de l'vfage de la Theriaque & du Mithridat : car l'enten qu'ilne faut vfer de ceux qu'on vend cômunement,de la côpoiiuon defquels on ne montre aucun tef-moignage de fanas médecins,& defquels on trouue grade quinte chez les trompeurs. le fai qu'ily a en desfameufes villes d'Italie des apoticaires curieux de leur honneur, &de la fanté des ho-mes,qui n'épargnent chofe quelcôque pour recouurer des vrais &£ bons iimples medicamens quientret enla Theriaque &c au Mithridat.Entre lefquels(fauf touiours l'honneur & la fidélité de tousautres) principalemet ie loue Francefco Calceolario apoticaire Vcronois à l'enfeigne de la cloched'or,qui a de coutume de faire de tresbone Thenaque &c de tresbon Mithridat auec l'opinion destreflauas medeçjns,&: fpecialemçt des plus fameux de la ville. Ce qu'il peut mieux faire que toutautre non feulcmet à caufe qu'il eft grand recercheur de la matière medecinale, mais à raifon quepar toute la terre il a des amys qui luy enuoyent des fimpjes étrangers &incôneus aux autres,du-quel dernieremet i'aireceu du vrai colle que ie n'auoi veu par ci-deuat.Mais c'eft allez longucmëtparlé de ces propos. Au demeurât fuyuât l'ancienne coutume des gens de lettres, penfant en moi-même quiferoient ceux qui maintiendroiët & dcfcndroicntces miens labeurs cotre lcsmefdifances des enuieux ô£ calumniateurs, par l'autorité aufsi, honneur & Iplendeur defquels mes huresferoient plus illuftrés plus renommés, incontinent ta Sacree Cefaree Maiclté s'eft première of-ferte à moy,laquelle pour fa grande & naturelle vertu a touiours efleué celuy qui eftoit iniquemëtabailïe, touiours défendu celuy qui eftoit à tort offensé, touiours aydé ceux qui font ftudieux desbones fciençes, fe mettans fous fa protection 8c defence. Outre ce, il m'a fcmblé tresbien ieantdedier cet œuure à ta maiefté, non feulement pour ce qu'elle reluye oinee du Dùdeme de L'em-pire, & qu'elle commande &c pretide fur toute la République Chrcûienne , mais aufsi à caufe queparticulieremët en mon endroit \,tant eft grade fa pieté > benignité,& beneficéce) elle m'a touiioursefté tresfauorable.il y a ençores vn autre caufe qui m'a à ce pouflex'eft qu'audit qeuure cette matiere eft traittec,en laquelle (côme l'ai dit) îadis pluiïeurs Empereurs Rois fe font grandementdele£tés:ce qui ma fait plus volontiers pourfuiure mon entrepife de tant que ie fuy bië certain quçta Maiefté préd grad plaifir en la le&ure de la Philofophiç naturelle. I'aiouterai encores vn'autreraifon,aflàuoir ta grade libéralité enuers toutes perfoneslettrees,quiles aide,qui les entretiét, quiles auace,principalemét celles qu'il çonnoit profiter beaucoup aux lettres, & entre autres les mé-decins,comme excerceât yn art pluftoft diuin que humain. Ce que le treflage entre les HebneuxIefus Syrach infpiré du faint Efprit a teftifié dilânt, La medecine a fon origine du treshaut, &r re-ceura des dons au Roi.Le Seigneur a créé la medecine de la terre,& l'home prudet ne la mefpri-fera.La difciplinc du médecin exaltera fon chef,8c fera louee deuât les Princes. On pourroit trou-uer étrâge que ta Maiefté iour ÔC nuyt occupée en affaires de trefgrade importance tant de L'em-pire Romain,que du gouuerncmçt de tes Roiaumes,cçneantmoins, elle n'oublie ïamais à heurestierobees de vaquer à l'ettuàc de diuerfesCciéces.Ce quime fait bien elperer que ces miës labeursauront bon crédit en Ion endroit : îoint aufsi que défia par plulieurs fois ie me fuy refend de fa clé-mence,& grade libcralité,& dailleurs qu'elle a acoutumé de receuoir de bon vifage tous prefens,combien qu'ils foient petis,qui luy font offerts de tous fes fidèles feruiteurs. l'ai receu donc beau-coup de grâs biens de ta Maiefté.Toute la maifon d'Auftnche m'a touiours cntretenu,auancé,&prné.pource ie me perfuadc.quc ie puy touiours mettre toute ma fiâce en ta maiefté:car la giâdeurde la race dont ell'eft iflue,la grâdeur aufsi de tous orncmësqui doiuent eftre en vn Empereur,atouiours cité telle,qu'elle n'a ïamais refufé fon fecours à ceux qui ont eu leur recours a elle.Toutesautres vertus reluyfent tellemët en içelle,que tout l'vniners l'en admire & honore. Qui eftee quin'admirera fa prudëce,fa magnanimité,fon bon efprit,fa iuftice,pieté,clemence, religion, benefi-cence &: generofité,lcfquelles de fa Maiefté corne d'vne tresample, fource decoulét &c s'elpandencpar tout'Par lefquelles vertus fa Maiefté viendra à ce poinét (moiennant l'aide de Dieu) que lesennemis de l'Empire Romain &c de fesRoiaumes vaincus, il nous rendra toutes chofes paifibles.Finalement la caufe pour laquelle l'ai aufsi dédié ce mien œuure aux Illuftrifsimcs Electeurs deL'empire Romain,aux Serenifsimcs Archiducs D'Auftnche mes tresbons Seigneurs, de aux au-tres Princes de toute l'Alemagne, c'eft afin que tous enfemble connoilfent ma tresbone affectionenuers eux tous,& que leur libéralité enuers moi foit par moi atteftee à toutes nations : îoint auf-fi que ie croi qu'ils défendront & maintiendront auec la Cefaree Maielté ces miens commentai-res Latins^roripables,comme ie penfe à tous,aufsi bien qu'ils ont parcideuant fait de l'Herbier enAleman que ie leur ai dédié. Ç'eftoit aufsi mon deuoir de le faire ainfi : par ce que i'ai autant eud'eux d'aide a parfaire ce liure,commei'en auoi receu aux precedens. Cependant ie me dedie,voue & donne à la Cefaree Maiefté,à laquelle le Seigneur Diçu ottroie toute profperitç. De Pra-ge ce dernier Ianuier, i y 6 5.
L'humbleferuiteur de Moftre Cefaree Jrfdiettè & de vos Celjltudes y
PIERRE ANDRE' MATTHIOLI.