DE l’allemagne. 55
Je crus que je ne me consolerais jamais;mais le temps console de tout.
Revenons à M. Tieck. Sa traduction lui aparfaitement réussi. Personne n’a mieux com-pris la folle grandezza de l’ingénieux hidalgode la Manclia ; personne ne l’a si lidèlementrendue que notre excellent Tieck. Ce livre sefait lire en allemand comme dans l’original ;et avec llamlet et Faust , c’est peut-être lapoésie favorite des Allemands. C’est que , dansces deux étonnans et profonds ouvrages, commedans le Don Quixole , nous avons retrouvé latragédie de notre propre néant. Les jeunesgens allemands aiment llamlet, parce qu’ilssentent « que le temps est sorti de ses gonds. »ils soupirent également de ce qu’ils sont ap-pelés ale rétablir; ils sentent en même tempsleur incroyable faiblesse, et déclament sur« être ou n’êlre pas. » Les hommes mûrs ai-ment au contraire davantage le Faust. La dis-position de leur âme les entraîne vers ce hardiinvestigateur, qui forme un pacte avec lemonde des esprits et ne craint pas le diable.Mais ceux qui ont reconnu que tout est vanité,que tous les efforts humains sont vains, pré-fèrent le roman de Cervantes ; ils y voient un