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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
quelle température spirituelle et physique était la mieuxadaptée et la plus salutaire à ma nature. Ma vieillemère s’était souvent reproché depuis d’avoir déclinéune proposition aussi raisonnable; mais à cette époqueelle avait rêvé pour moi des dignités mondaines desplus superbes et des plus brillantes. Ensuite elle avaitété dès sa première jeunesse une élève de l’école deRousseau, dont le déisme rationnel allait bien à son ca-ractère rigide et presque puritain; et encore pourd’autres raisons elle ne pouvait se luire à l’idée que sonfils aîné endosserait cette soutane disgracieuse et malcousue dont elle voyait affublés les ecclésiastiques demon pays. Elle ne savait pas qu’un abbate romain portece vêtement tout autrement que les prêtres de l’Alle-magne , braves gens sans doute, mais pour la plupartquelque peu mal léchés et d’une propreté équivoque,qui prouve bien qu’ils ne veulent plaire qu’au bon Dieu.Ma mère 11 ’avait jamais vu un signore abbate se draperd’une façon coquette et séduisante dans son petit man-teau noir, qui est l'uniforme sacré du muscadin tonsuréet du bel esprit à l’eau bénite dans cette ville de Rome,capitale éternelle de la beauté et de la galanterie. Unabbate romain ne sert pas seulement l’Église du Christ,mais aussi Apollon et les Muses. Il est leur mignon, etles Grâces lui tiennent l’écritoire quand il compose sessonnets qu’il récite avec des intonations harmonieuses àl’académie des Arcadiens. 11 est connaisseur des arts, etil n’a besoin que de tâter le cou d’une jeune cantatrice